DERNIÈRE MALADIE DE LOUIS XV
porter à Versailles. Louis XV y arriva en carrosse , le lendemain, vers quatre heures. La favorite l'y suivit, ne quittant plus son chevet, bien décidée à barrer le passage à toute intervention capable de provoquer une rupture entre elle et l'infortuné moribond.
Cependant les médecins réunis en consultation, après s'être fourvoyés, les premiers jours, à ne voir dans cette maladie qu'une fièvre humorale, telle néanmoins qu'elle pouvait dégénérer en fièvre maligne, avaient bien été contraints de reconnaître, dans la nuit du 29 au 30, les caractères alarmants d'une petite vérole prononcée. Vainement le bulletin, affiché à l'hôtel de ville et rue Cassette, chez le gouverneur de Paris, maréchal de Brissac, annonça-t-il que le roi « avait passé une nuit moins orageuse, et qu'il était aussi bien qu'il pouvait être pour sa situation présente » , personne ne se méprit sur l'imminence du péril, et nul ne douta que Louis XV ne fût près de succomber.
« La petite vérole, à soixante-quatre ans, avec le corps du roi, est une terrible maladie ! » murmurait le docteur Bordeu.
On dit qu'un jeune mousquetaire, d'une vingtaine d'années, au cœur simple, à la figure noble et pleine de candeur, put s'approcher encore du rideau pour prendre le mot d'ordre du monarque frappé à mort. Sorti de l'une de ces vieilles familles du Rouergue qui avaient servi à la fois avec honneur dans les parlements et dans les armées, il portait un nom que plus d'un genre d'illustration devait relever dans notre siècle. On l'appelait Louis-Gabriel- A mbroise, vicomte de Bonald^
ï Cf. Instruction publique du 1" septembre 1875. — Sainte-Beuve se