‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 190 sur 348 · CYNISME DE COURTISAN · texte numérisé non relu

CYNISME DE COURTISAN

plus que personne à détacher Louis XV de ses devoirs d'époux, restait certainement dans son triste rôle quand il insinuait au prélat de ne pas souffler au roi un seul mot de confession. Mais à qui fera- 1- on croire, je le demande, que ce débauché sur le retour ait bien osé proposer au vénérable archevêque , paisiblement assis auprès de lui sur une banquette, « de se confesser à la place du roi », ajoutant que « s'il était venu pour entendre l'aveu de péchés jolis et mignons, il était prêt à lui en dire de tels qu'il n'en aurait pas ouï de pareils dans toute sa vie » ! Voilà pourtant ce qui s'imprime encore, de nos jours, après les compilations de Soulavie et consorts; et on va jusqu'à prétendre que Beaumont aurait eu, durant ce discours, « une contenance assez embarrassée ^ » !

Certes, pour qui s'est familiarisé avec l'étude d'un aussi fier caractère, il n'est pas douteux qu'en face d'un tel cynisme, sa contenance eût exprimé autre chose que de l'embarras.

Nous en dirons autant de la séduction que Richelieu aurait alors essayée , afin d'acheter le silence d'un homme aussi incorruptible que notre prélat. Répétant un propos de la favorite, cet « étemel tentateur », comme on l'a trop bien appelé^, ne se serait-il pas avisé de le lui jeter en guise de péroraison? « Que l'archevêque nous laisse, avait murmuré madame du Barry, et il aura sa calotte de cardinal ; c'est moi qui m'en chai'ge et qui en réponds. »

Ainsi Christophe de Beaumont, ce noble vieillard qui

i Uelation publiée par G. d'Heilly, p. 41 {Biblioih. nation., Lb" 1584). * Histoire de France, par H. Martin, t. XVI, p. 273.

Page 1