ANNONCE DE LA MORT DU ROI
Nous pensons que toutes ces supplications n'auront été ni stériles, ni vaines. Si nous n'avons point réussi à obtenir la guérison du roi, nous avons la ferme confiance qu'elles lui auront servi, du moins, à opérer son salut et à conquérir la félicité éternelle ^ »
Mais qui saura jamais quelle part revient, dans ce retour à Dieu de Louis XV mourant, au dévouement modeste de l'humble prêtre, son confesseur, qui n'hésita pas à risquer sa vie pour sauver une âme dont il avait si ardemment désiré et sollicité la conversion ?
Un courrier étant venu, sur les huit heures du soir, annoncer à l'archevêque la fatale issue de la maladie du roi, le doyen Tudert eut ordre de renfermer le Saint- Sacrement dans le tabernacle, et les cloches, aussitôt mises en branle, répandirent jusqu'aux extrémités de V la capitale le bruit de cette mort^. Le mercredi 11 mai,
Beaumont publiait un mandement en réponse à la lettre de Louis XVI, le nouveau roi. Les plus difficiles convinrent qu'il était « très bien fait, plein d'onction, écrit avec noblesse et digne du sujet ^ ».
Ne pleurons pas, M. T. G. F., comme les enfants du siècle qui n'ont point d'espérance ; les sentiments de religion que ce monarque a fait paraître pendant sa maladie offrent à notre juste douleur les plus solides consolations. Tout intéresse notre sensibilité dans une mort si affligeante. Eh ! qui pourrait voir, sans en être attendri, un
i « Cum noslriseraot conjunctse universsa Galiiœ obsccrationes, et prœsertim Christianissima) Domus, ac quibus maxime nitebamur, dilectissimse in Chrisio filisB ÂloysisB Marise, in illo sanctitatis domicilio, pro amantissimo parente assîdui gemitus ac lacrymœ. » (Clementis XIV epistolœ et brevia seleetiora, p. 315.)
' « On a sonné les quatre BablUardes et on a bourdonné, » disent les Actes capitulaires (Délibération du 11 mai).
' Bachaumonl, t. VII, p. 107. — Bandeau lui-même ne le (rouve pas « trop mal » {Chronique secrète de Paru, 15 mai 1774).
266 MANDEMENT DE l' ARCHEVÊQUE.
roi, pour lequel nous espérions encore des années aussi précieuses à son salut qu'à notre félicité, passer tout à coup de la santé la plus florissante au danger le plus imprévu ; environné de sa famille, qu'il avait toujours tendrement aimée, et obligé de s'en séparer par la nature de sa maladie ; pleurant et sur l'absence de ses enfants que le péril éloigne, et sur la présence de ces augustes et courageuses princesses qui exposent leur vie pour le consoler dans ses derniers momentfi; sentant sa langue liée, lorsqu'en recevant les sacrements qu'il avait demandés dès que son état lui fut connu, il veut s'humilier devant sa cour, publier sa résignation et son repentir, et déclarer que s'il désire la prolongation de ses jours, c'est uniquement pour les consacrer à la gloire de la religion et au soulagement de ses sujets. Bientôt convaincu de l'impuissance des secours humains, et témoin de la désolation de ceux qui l'environnent, il répond avec fermeté aux prières de l'Église qui le préparent à la mort et lève les yeux au ciel pour lui offrir ses soufTrances et lui renouveler son sacrifice...
Hélas! M. T. G. F., vous eussiez versé, pour le servir, jusqu'à la dernière goutte de votre sang. Mais ce n'est plus le. sacrifice de votre vie qu'il attend de votre amour ; il vous demande vos prières auprès du Roi des rois, et du fond de ce triste cercueil qui renferme sa cendre, il vous dit avec Job : Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, vous du moins qui êtes m,es amis, car la main du Seigneur vient de me frapper^.
Ce même jour, une députation du chapitre ayant donné connaissance à l'archevêque des démarches entreprises par le cardinal de Noailles, soixante ans auparavant, à l'effet d'obtenir les entrailles de Louis XIV et de les déposer, avec celles de Louis XIII, dans le caveau
ï Mandemeat du 11 mai 1774. — MM. de Notre-Dame crurent devoir relever, dans ce mandement écrit à la hâte, l'oubli de la clause sacramentelle : Après en avoir conféré avec le chapitre. Ils se réservèrent eux-mêmes « d'en conférer à l'amiable et plus amplement avec l'archevêque, au premier jour ». — Registres capitulaires , délibération du 13 mai {Archives nationales^ LL, 335"*).