OPÉRATION SUBIE PAR L*ARCHEVÊQUE
qu'une opération seule pouvait sauver les jours de l'archevêque, Beaumont, sans prévenir ses amis ni sa famille, prend tranquillement son jour et se dispose, par la célébration du saint sacrifice, à se confier au fer de l'habile chirurgien.
On ne tarda pas à savoir, en effet, que, dans la matinée du 22 juin, le malade, en dépit de ses soixanteonze ans, avait supporté avec le plus grand courage l'opération dangereuse de la taille. Il n'avait laissé échapper qu'un cri, aussitôt éteint dans un sourire et une prière. Le succès, du reste, était complet : la convalescence néanmoins ne fut pas sans donner encore plus d'une inquiétude.
« Tout péril n'est pas écarté ! » avait avoué le doyen du chapitre, en annonçant à ses collègues ce qui venait d'avoir lieu. Aussi fut-il unanimement décidé qu'on réciterait chaque jour à la messe, tant que dureraient les appréhensions, la collecte pro infirmo Pontifice nostro Christophoro, Je trouve môme, parmi les délibérations capitulaires, une note que je transcris dans toute sa simplicité, parce qu'elle exprime au naturel de quels égards on entourait le vénérable malade.
Du jeudi 23 juin 1774, MM. étant assemblés au Revestiaire, à rissue de la messe canoniale,
* Sur la représentation faite par M. le doyen que Tétat actuel de Mgr l'archevêque ne pouvoit supporter le moindre bruit sans danger pour sa conservation si précieuse à la religion, à son Église et à tout son diocèse, et attendu la trop grande proximité de l'église paroissiale du cloître et de l'appartement où Monseigneur a été opéré, MM. après en avoir délibéré, ont ordonné que l'office de saint Jean-
bienlôt une très grande réputation. Né à Pouy-Astruc, près de Tarbes, en 1703, il mourut au couvent dos Feuillants, à Paris, le 8 juillet 1781.
"le,
MESSE d'actions DE GRACES. 277
dre intérêt, rassure sur les suites de cette cure, et le respectable prélat est déjà même aussi bien que son état peut le permettre*. »
Une amélioration des plus notables, en effet, avait été constatée dès la nuit du 8 au 9, et, cinq jours après Bergier pouvait écrire à Tabbé Maudoux : « M. l'archevêque est si parfaitement guéri, qu'il n'y paraît plus; il se promène, il recommence à s'occuper d'affaires, n donne à dîner demain à toute la Faculté pour la congédier 2. »
On en fut donc quitte une fois encore pour la peur, et, le dimanche 17. Beaumont put se rendre à la métropole pour célébrer, dans la chapelle de la Sainte- Vierge, une messe d'actions de grâces à laqueUe se portèrent nombre de personnes de distinction, heureuses de communier des mains du prélat rétabli. Une dame de qualité, qui voulut rester inconnue, offrit même à cette occasion une croix de diamants, composée de six brillants d'une belle eau et merveilleusement assortis, avec prière de l'attacher au principal soleil dont on se servait dans l'église métropolitaine, pour les expositions du saint Sacrement^. La mort qui la surprit, un an plus tard, le 5 novembre 1775, a révélé le nom de cette pieuse donatrice : c'était une paroissienne de Saint- Sulpice, veuve de ce Jacques Languet, chevalier comte
1 Journal historique de juillet 1774, p. 122.
' Lettre du 14 juillet 1774. — Les divers extraits que je cite de la correspondance de Bergier et de Maudoux sont inédits. Ils m'ont été communiqués, avec une bienveillance parfaite, d'après les papiers conservés au séminaire de Sainl-Sulpice.
' Ces divers diamants pesaient, « celui du milieu 14 grains, et celui au-deâsus 1 i grains et demi, celui du côté droit. 1 1 grains et celui du côté gaucho 12 grains, faisant en tout 17 carats. » {Registres eapittdaires de Notre-Dame^ 19 août 1774.)