LE ROI PREVENU CONTRE BEAIIMONT
ses exemples ^ . » Pressé par Beaumont, l'honnête ministre de la guerre avait fait au roi les représentations que réclamaient les circonstances. Démarche stérile. Louis XVI continuait à se retrancher derrière une question de sentiment qui coupait court à la réplique : « Je sais tout cela, mon cher du Muy, mais je dois et je veux commencer par me faire aimer de mon peuple. »
Le dauphin aussi eût voulu « se faire aimer », si Dieu l'avait laissé vivre pour le trône ; mais, à la différence de son fils, il est à croire qu'il eût mis en pratique sa belle maxime : « Un prince n'existe dans le monde politique qu'à raison de son autorité; la faiblesse dans un roi lui rend toutes ses vertus inutiles. » C'est pourquoi, comparant un jour le jeune Louis XVI au regretté dauphin, l'archevêque avouait que le fils ne méritait qu'à demi la parole des Écritures : « Son père est mort, et il semble pourtant qu'il continue de vivre, car il laisse après lui un autre lui-même ^. »
Les ennemis du prélat avaient donc beau jeu pour entretenir contre sa personne les préventions du souverain. On ne voyait, selon eux, que réunions suspectes d'évêques et de gens de cour qui s'en venaient prendre clandestinement chez lui un mot d'ordre toujours bien écouté. Quand le centre de la cabale jésuitique ne se déplaçait pas du palais archiépiscopal, il fallait le chercher au Garmel de Saint-Denis, où Madame Louise correspondait sans relâche avec sa sœur Adélaïde et la comtesse de Narbonne, dame d'atours, à seule fin de
1 Cité par révoque de Senez dans son oraison funèbre du dauphin. * « Mortuus est pater ejus, et quasi non est mortuus : similem enim reliquit sibi post se. »(Eccli. xxx, 4.)