‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 210 sur 348 · LA COUR AU CARMEL DE SAINT-DENIS · texte numérisé non relu

LA COUR AU CARMEL DE SAINT-DENIS

Denis, sans prendre le temps de s'arrêter au Carmel, c'est qu'il avait voulu faire sentir son mécontentement de l'intrigue formée, derrière ces grilles austères, contre les frivolités aimables de Marie-Antoinette. Celle-ci n'ayant pu ni obtenir du roi qu'il en fît des reproches à sa tante, ni être autorisée à se plaindre elle-même de ces procédés, on avait préféré se passer de l'entrevue et commencer la rupture. Malheureusement pour des nouvellistes si bien informés, le roi, la reine, Monsieur, Madame, le comte et la comtesse d'Artois venaient en famille, dans l'après-midi du 14 septembre, visiter la chère carmélite, auprès de qui ses sœurs, Adélaïde , Vietoire et Sophie, se rendaient pareillement le lendemain.

« Ce qui annonçait, remarque le chroniqueur, qu'on n'avait point encore envie de rompre totalement avec cette religieuse, quoiqu'il eût été très expédient de le faire, si tout ce qu'on lui avait imputé dans le monde relativement à la reine était vrai ^ »

Cependant le rappel de l'ancienne magistrature devenait un fait accompli. Se conformant à ce qu'on lui disait être « le vœu de la nation », Louis XVI avait écrit à tous les exil es de rentrer à Paris et de se trouver en robes, le 12 novembre, au palais, dans la chambre de Saint-Louis, pour y attendre ses ordres *. A l'opposition motivée de l'archevêque de Paris, on avait ré-

1 Hardy, 14 septembre.

' La Metse rouge fut célébrée, le 21 novembre, avec un éclat aiTecté. On avait réuni la musique de Notre-Dame, do la Sainte-Chapelle et de POpôra. Le chant du Domine salvum fac Regem fut accueilli par de vifs battements de mains, comme on eût fait au théâtre; mais rien n'égala le scandale contre lequel Beaumont At entendre les plus sévères plaintes. Lorsque le premier président, les présidents à mortier et le greffler en chef se présentèrent à l'olTrande, ils reçurent des applaudissements tels quMl fallut interrompre pendant quelque temps le saint Sacrifice.

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pondu en donnant l'assurance que le Parlement réintégré n'aurait plus désormais à connaître des affaires ecclésiastiques. Mais Beaumont ne s'y fiait qu'à demi. Quoi qu'il en soit, et dût-il courir encore, même à son âge. les risques d'un nouvel exil, l'intrépide vieillard tient à ce qu'il ne reste aucun doute sur « sa ferme résolution de ne changer ni de conduite, ni de façon de penser ». Il s'en expliqua nettement, tant avec le garde des sceaux qu'avec les afBdés du ministère, et nous savons s'il était homme à reculer devant l'accomplissement d'un devoir !

Le roi s'émut des rapports qu'il reçut à ce sujet. Il vit l'archevêque et lui parla de modération : l'archevêque invoqua respectueusement les droits de la conscience et promit de n'outre-passer en rien ce qui serait dicté par elle. L'entrevue avait été des plus courtoises. Manifestement, ceux qui cherchaient à laisser croire que Beaumont était perdu dans l'esprit de Louis XVI attendaient autre chose. De là ces anecdotes plus ou mouis controuvées qui avaient cours alors dans le public, et qui ne cessent pas de défrayer encore la curiosité facile des fureteurs d'ana. « Monsieur l'archevêque, fait-on dire au roi, je vous ai mandé pour vous prévenir que je veux que la paix règne dans mon royaume et dans ma capitale, et que si j'entends parler de refus de sacrements, c'est à vous seul que je m'en prendrai. » Sur les représentations de Beaumont, qui allègue à son ordinaire les intérêts de la religion et de l'Église, le roi aurait répliqué : « Je connais. Monsieur, votre zèle, et je sais tout ce qu'il convient de savoir là-dessus ^ »

1 Journal de Hardy, 6 décembre 1774.

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