AFFAIRE DR L* APPELANT JEANNEAU
Ce fut bien une autre histoire, lorsque, peu de jours après, Tarchevêque, ayant reçu ordre de se rendre à Versailles pour répondre d'un refus de sacrements sur la paroisse de Saint-Séverin, on fit circuler dans les cafés de Paris le texte d'une prétendue semonce royale, tirée à des milliers d'exemplaires. Le fait est de ceux qu'il faut savoir réduire à leur juste proportion.
Un vieux prêtre, nommé Jeanneau, maître es arts en l'Université de Paris et ancien trésorier de Saint-Séverin, venait d'être visité, durant sa dernière maladie, par l'abbé Aymé, sacristain alors en fonctions, qui possédait la confiance du curé de la paroisse. Aymé avait voulu sur l'heure entrer en matière avec le malade et le disposer à une soumission entière aux décisions de l'Église. Le moribond, connu pour un appelant décidé et précédemment interdit par l'archevêque, avait répondu en deux mots « qu'il était trop vieux pour changer de sentiment, et que lui, abbé Aymé, était trop jeune pour le prêcher ^ ».
Cependant, le jeudi 15 décembre, le malade ayant besoin d'être administré, on n'avait trouvé personne à la paroisse pour remplir cet office. Le curé, averti du sort que lui attirerait son refus, se trouvait en fuite : on le disait réfugié à Versailles, auprès de Madame Victoire, dont il était le confesseur 2. De leur côté, tous les vicaires avaient disparu, et les marguilliers durent fournir à deux prêtres habitués de Saint-Séverin — interdits tous les deux comme Jeanneau — les moyens de
1 Journal historique do jansier 1775, p. 144.
' L'abbé Joseph Madier, curé de Saint-Séverin, fut exilé à 150 lieues de la capitale. En l'absence des prêtres de la paroisse, l'office divin ne put y èlro célébré pour le jour même de Noël.
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procéder à radministration des sacrements. Ce qui fut. fait, le lendemain, à la grande stupéfaction de ceux qu'on appelait les « fanatiques » de l'archevêque.
Une coïncidence purement fortuite allait permettre aux anecdotiers de mêler le roi à l'affaire. Louis XVI, qui s'était adressé jusqu'à ce jour à l'abbé Soldini, profita des fêtes de Noël pour faire appeler Maudoux, déjà confesseur de la reine, et précédemment du feu roi son aïeul *. « On rapportait que Sa Majesté avait, pour première séance, passé un temps assez considérable à s'entretenir avec ledit sieur abbé Maudoux, connu pour être d'un caractère pacifique et ennemi des troubles"^, » Ces mots sont à l'adresse de Beaumont, qu'on supposait favoriser Soldini aux dépens de Maudoux ^. Hardy
^ Hardy semble croire que le choix de Maudoux fut définitif. G^est une erreur, comme le prouve ce billet autographe que Louis XVI écrivit, le 8 avril 1775, au vertueux prêtre. Nous en devons la communication à M. de Lantenay, qui le reproduit dans sa substantielle brochure :
< Monsieur,
« Mon confesseur étant mort dernièrement, et n^ayant pas encore choisi
son successeur, je compte me confesser à vous pour mes Pâques. Vous
vous rendrez demain, dimanche, à deux heures et demie après midi, chez
moi, par le petit degré.