LEUR DÉCLARATION
alors à demander le sentiment des évêques réunis, pour cette grave enquête, chez le cardinal de Luynes.
On connaît le résultat de ces délibérations. Dans l'assemblée générale du 30 décembre, sûr cinqitante-un cardinaux, archevêques ou évêques présents, quarantecinq signèrent une adresse au roi, qui disculpait entièrement la Compagnie de Jésus et réclamait avec instance sa conservation ^ Une minorité de cinq membres, présidée par le cardinal de Choiseul, frère du ministre , ne différa d'opinion que pour certaines modifications à introduire, selon eux, dans un institut dont ils estimaient pareillement la conservation nécessaire. Seul, Fitz- James , évêque de Soissons , opina carrément pour la suppression des Jésuites , tout en leur rendant la justice de reconnaître « qu'il n'y a peut-être pas d'ordre dans l'Église dont les religieux soient plus réguliers et plus austères dans leurs mœurs ».
Comme s'il était possible à une société vraiment pure dans ses mœurs de professer des principes corrompus ! Et cependant, à entendre l'oracle du jansénisme opiniâtre, « ce serait choquer trop ouvertement la vérité que d'attester que le corps de la Société tient une bonne doctrine"^ ».
Mais trente autres évêques venaient de publier , du fond des provinces , les lettres les plus flatteuses en faveur de l'ordre proscrit et, sur la fin de 1761, quatrevingts membres de l'épiscopat s'étaient hautement pro-
ï Voici en quels termes Galiani rend compte à Tanucci de Tévénement : « Les autres prélats, au nombre d'environ quarante-cinq, ayant à leur tête l'archevêque de Paris, ont opiné que les Jésuites sont chose si bonne et si parfaite, que sMls n'existaient pas au monde il faudrait les établir. > (Lettre du 4 décembre 1762.)
' Lettre de Fitz«4ame3 à Louis XV, contenant son avit motivé.
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nonces pour les opprimés contre les oppresseurs. Après cela j il peut être permis de trouver au moins singulière cette réflexion du cardinal de Bernîs, occupé alors à faire assaut de gentillesses avec Voltaire : « Le clergé de France, à force de vouloir être favorable aux Jésuites, hâta leur ruine ; il les aurait soutenus si , en demandant à réformer ce qu'il y avait de vicieux soit dans leurs constitutions , soit dans leur exemption de Tévêque ordinaire , soit dans plusieurs de leurs livres , ils avaient tenu la conduite de leurs juges, et non de leurs panégyristes *. »
C'était le temps, en effet, où Voltaire invitait Bemis à venir festoyer dans ses déserts chat^iarits : « Venez-y, je mourrai de joie. Les Délices sont à vous et mériteront leur nom... J'ai un théâtre charmant et une jolie église : vous présideriez à tout cela, vous donneriez votre bénédiction à nos plaisirs honnêtes '^, »
On s'étonnera peut-être de ne point rencontrer le nom de l'archevêque de Paris parmi les signataires de l'assemblée tenue chez le cardinal de Luynes. La lettre suivante qu'il écrivit au roi, le surlendemain même de la réunion, dira que ce fut encore là pure question de préséance. Cette lettre mérite de trouver place parmi les pièces importantes du débat qui nous occupe :
Sire,
Quoique je n'aie pas signé avec les autres prélats la réponse qu'ils ont eu l'honneur d'adresser à Votre Majesté , je n'en ai pas moins formellement ni moins pleinement adhéré à leur avis commun, sur les quatre articles qui leur ont été pi'opf)sés de la part de Votre Ma-
» Mémoires de Bemis, t. II, p. 104.
* Lettre de Voltaire à Bernis, 26 octobre et 23 novembre 176!.