LETTRE PASTORALE A CETTE OCCASION
Hélas ! mes très chers Frères, en seriez-vous venus à de tais excès, si la crainte du Seigneur et le respect inviolable pour Tordre légitimement établi eussent été profondément gravés dans vos cœurs? Si vous avez été emportés par une impulsion étrangère, quels esprits avez-vous écoutés? Serait-ce des esprits turbulents que leur inquiétude porte sans cesse vers le trouble et l'innovation? Serait-ce des esprits factieux qui vous auraient sacrifiés à leurs intérêts, sans craindre de vous en rendre victimes? Ou, pour mieux remonter à la véritable source de vos fautes, serait-ce un esprit plus dangereux encore, celui de Timpiété et de l'indépendance ? Défiez-vous à jamais de cet esprit destructeur autant qu'audacieux, qui, en outrageant le ciel, ne tend qu'à désoler la terre ; dont la doctrine meurtrière pervertit les sentiments et rompt tous les liens de la société; qui, en même temps qu'il insulte à la puissance divine, ébranle avec la même fureur les fondements de la puissance temporelle, et, par le dérèglement de la raison , conduit au dérèglement de toutes les passions...^
n y a, croyons-nous, dans ces fortes lignes, une doctrine qui trouverait son application en d'autres temps que ceux pour lesquels elles ont été écrites. Lecture fut faite du mandement, le dimanche 21 mai, au prône de chaque paroisse. Partout on l'écouta avec un religieux silence, sauf à Saint-Étienne du Mont, où le premier vicaire dut s'y reprendre à plusieurs fois pour dominer les murmures qui accueillaient la lettre pastorale. Suivant le chroniqueur parisien , « le menu peuple croyait entrevoir que le fond de cette instruction était de lui persuader qu'il devait prendre son parti d'acheter toujours chèrement son pain- ». Comme ces mur-
^ Mandement du 18 mai 1775.
* Hardy, mai 1775. — L'archevêque, dans sa lettre pastorale, rendait pourtant justice aux habitants de Paris, en déclarant que « le très petit nombre > parmi eux s'était joint « à la troupe séditieuse », tandis que, dans quelques