‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 222 sur 348 · LE SACRE DE LOUIS XVI · texte numérisé non relu

LE SACRE DE LOUIS XVI

mures, en effet, n'avaient pas d'autre cause, l'incident n'eut pas de suite.

Ce fut sous l'empire des salutaires impressions produites par son premier acte de vigueur, que Louis XVI se rendit à Reims pour la cérémonie du sacre.

La fermentation avait été grande dans cette ville, quelques jours auparavant, à la nouvelle du brigandage inouï qui s'exerçait sur les blés. Des placards incendiaires proposaient de mettre le feu aux quatre coins de Reims, dès que le roi y serait entré. C'étaient des menaces plus odieuses encore affichées dans Paris : « Louis XVI sera sacré le 11 et massacré le 12. » Or, non seulement ces appels sauvages restèrent sans écho, mais l'enthousiasme fut tel au moment de l'intronisation, que Marie-Antoinette ne put étouffer ses larmes, et que le roi, se sentant tout à la fois obligé et grandi par ces témoignages de fidélité et d'amour, en écrivait à Maurepas sur ce ton ému : « J'ai été fâché que vous n'ayez pas pu partager avec moi la satisfaction que j'ai goûtée ici. Il est bien juste que je travaille à rendre heureux un peuple qui contribue tant à mon bonheur. Je vais maintenant m'en occuper tout entier ^ »

Christophe de Beaumont n'assistait point au sacre, mais il avait, dès le 2 juin, réclamé à cette occasion des prières publiques dans un mandement nouveau que les Mémoires secrets qualifient de « vraie capucinade politique », sous prétexte qu'il est tout à fait dans le sens du clergé, qui rapporte l'autorité des princes

autres parties du diocèse, le peuple ne s'était comporté « ni aveé la même sagesse, ni avec la même réserve ».

i Correspondant (loc. cit., p. 86).

MANDEMENT DE l' ARCHEVÊQUE. 299

toute à Dieu, c'est-à-dire à lui*. L'archevêque , en effet, parlant de « ce grand spectacle de la puissance temporelle, ennobli et consacré par la Religion », tirait cette conclusion : « Dieu nous apprend par là, qu'en nous donnant des maîtres, il les charge de fawe respecter ses droits^ d'exercer sur nous les fonctions de sa bonté paternelle. En même temps qu'il nous soumet à leur autorité, il leur prescrit lui-même leurs devoirs, et ce n'est qu'autant qu'ils sont fidèles à les remplir y que leur gouvernement est sage et leur règne solidement heureux, »

Il faut souligner encore ce vœu si digne d'un tel champion des intérêts catholiques : « Demandons au souverain dispensateur des dons, qu'il (Louis. XVI) prenne pour modèle celui des rois ses ancêtres que l'Église honore d'un culte public ; qu'il imite son courage, sa douceur, sa justice, sa piété, son zèle pour le maintien du ?^oyaume de Jèsus-ChHst. »

Les injures que lui valut cette déclaration sont d'autant plus à l'éloge de notre prélat, qu'on avait délibéré en conseil royal si la cérémonie du sacre aurait lieu, « tant elle était regardée généralement comme inutile et superflue d'après les gallicans ». Bien plus, même après que le Conseil se fut décidé pour l'affirmative, l'orateur de la fête, loin de reconnaître avec Beaumont que les rois relèvent de Jésus-Christ comme rois, eut soin, pendant la cérémonie, de prévenir les conséquences frappantes qu'on en pouvait tirer en faveur de la royauté temporelle de Jésus-Christ, et de la dépendance de nos souverains à l'égard de cette royauté,

1 Baehaumont, 4 juin 1775.

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