INCIDENTS FAUCHER ET BESPLAS
faite lui-même de la parole de Dieu, le portait alors à lutter contre un abus, plus récent, lequel tendait à passer de mode chez une classe de prédicateurs, dont le principal mérite semblait être de caresser l'engouement du jour, en insérant à tout propos de longues tirades économiques dans la trame sévère des enseignements de rÉvangile. Ce fut au point que Ton dira bientôt de l'un d'eux : « M. Turgot était un des saints que cet orateur célébrait le plus*. » J'ai hâte d'ajouter que le prélat frappa d'interdit ce jeune abbé Faucher au milieu même de sa station à^ Saint-Germain l'Auxerrois. On assure que rien ne put le faire revenir, plus tard, sur le compte d'un prêtre aussi léger.
L'écart de l'abbé de Besplas, alors aumônier de Monsieur, ne parut pas moins regrettable à l'archevêque dé Paris, qui fit entendre sur-le-champ ses réclamations à la cour. S'autorisant, en effet, du fâcheux exemple déjà donné par d'autres panégyristes de saint Louis, Besplas, qui prêchait au Louvre devant l'Académie française, ne s'était pas seulement permis de transporter dans la chaire chrétienne un langage tout profane ; il avait encore affecté de ne jamais appeler Louis IX que Louis, et non saint Louis, tandis qu'il poussait l'oubli des convenances jusqu'à laisser échapper une sorte d'invocation à sainte Agriculture! S'il fallait même en croire certaine chronique, on l'aurait presque applaudi comme au théâtre, et l'un des spectateurs se serait levé dans un moment d'enthousiasme pour lui jeter ce cri : Courage, monsieur F abbé ^ !
1 Bachaumont (20 mai 1776).
* Bachaumont (5 septembre 1775).
l'assemblée générale i>e 1775. 307
On n'en accusa pas moins « les dévots » aux gages de l'archevêque d'avoir monté une cabale contre l'aumônier de Monsieur pour le discréditer auprès de ce prince et du roi. Ce qui est certain, c'est que Beaumont s'opposa de tout son pouvoir à la publicité d'un tel discours par voie d'impression. Il savait d'ailleurs que la tactique philosophique allait à proposer comme orateurs de circonstance, en ces occasions d'apparat, des hommes connus pour être plus ou moins de leur bord. Le jour n'est pas loin où Voltaire mandera tout crûment à d'Alembert : « Je vous remercie de votre bonne volonté pour l'apprenti prêtre et apprenti évêque d'Espagnac. J'ai quelque lieu d'espérer qu'un jour il sera un prélat assez philosophe. Vous pouvez lui confier saint Louis pour l'année 1778 *. »
Pendant ce temps-là, se tenaient aux Grands- Augustins les assises du clergé de France, dont l'ouverture avait été retardée par suite des cérémonies du sacre. Malgré l'importance des questions qui s'y agitèrent, nous en dirons peu de chose, car la santé de Mgr de Beaumont ne lui permit d'y prendre qu'une part assez restreinte.
Je dois cependant signaler, outre sa dénonciation en règle contre Fébronius, le discours qu'il prononça, dans
^ Lettre du 8 décembre 177G. — Oq le lui confia en réalité dès 1777. « M. rarchevèque de Paris l'envoya chercher la veille, le pria de lui lire son discours sous prétexte de prévenir certains écarts où il aurait pu donner, à Texemple de plusieurs orateurs qui depuis quelque temps semblaient s'être ligués pour avancer des paradoxes très irréligieux en chaire, et rendre tout profane un discours destiné à Tédiflcation publique. Le jeune homme docile présenta son cahier au prélat, qui le mutila étrangement. On prétend que la mémoire de M. Pabbé d'Espagnac ne s'étant pas trouvée d'accord avec les corrections, il l'a débité à peu près tel quHl Tavait composé. » (Bachaumont, 4 septembre 1777.)