‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 230 sur 348 · LA COMMISSION DES RÉGULIERS · texte numérisé non relu

LA COMMISSION DES RÉGULIERS

la séance du 18 novembre, pour défendre les intérêts des ordres religieux. Leur recrutement, en effet, rencontrait les difficultés les plus sérieuses, depuis que redit de 1768 mettait un obstacle absolu à toute entrée en religion, « avant l'âge de vingt et un ans accomplis pour les hommes, de dix-huit ans accomplis pour les filles». Beaumont, raconte un écrivain des moins suspects, « s'était élevé avec force, non seulement contre le vice radical qui les minait (les ordres religieux), mais contre la fureur politique avec laquelle la Commission des prélats concernant lesftéguliers concourait honteusement à la même destruction, en réunissant, supprimant, anéantissant, sans égard et sans pitié, des hospices, des maisons particulières et même des corps entiers^ ».

On aimera à entendre Beaumont lui-même s'en expliquer dans la mémorable séance dont nous parlons. Il faut donner quelques passages de son discours :

« Les députés des corps réguliers de cette ville ont paru devant vous, Messeigneurs, et ont imploré votre assistance au sujet d'une disposition de Tédit de mai 1768, qui tend à leur anéantissement total : c'est celle par laquelle il est ordonné qu^ aucun sujet du roi ne pourt^a s'engager par la profession monastique ou régulière^ sHl n'a atteint^ à Végard des hommes^ Vàge de vingt et un ans accomplis^ et à V égard des filles^ celui de dix-huit ans pareillement accomplis.

« Leur demande me paraît si juste , que je crois devoir faire tout ce qui peut dépendre de moi pour en procurer le succès.

1 L'Espion anglais, (. II, p. 290.

DISCOURS DE l'archevêque. 309

« Ce n'est qu'à titre d'épreuve que le feu roi a fait ce règlement, car il a rése7*vé expressément par le même article d'expliquer de nouveau ses intentions à ce sujet, après le te^i^ne de dix années,

« Ces dix années expireront le 1"' avril 1779 : vous ne serez pas alors assemblés ; et si l'Assemblée actuelle ne réclamait pas contre une innovation si funeste, votre silence serait regardé comme une approbation du règlement, d'autant moins équivoque, que la démarche des corps réguliers pour implorer votre protection a été publique. Ce règlement serait donc infailliblement confirmé au bout de dix années, et, de provisoire qu'il est, on ne manquerait pas de le rendre définitif et perpétuel. C'est ce qui m'engage à me joindre aux Ordres religieux, pour exciter sur cela votre amour pour la religion et votre zèle pour le bien général de TÉglise et pour celui particulier de vos diocèses.

« La réclamation des corps réguliers contre l'article ci- dessus est appuyée sur des titres bien puissants. Comme religieux et membres du clergé, ils invoquent la décision du concile de Trente; comme sujets du roi, ils invoquent la disposition textuelle de l'ordonnance de Blois ; et ces deux lois, Tune ecclésiastique, l'autre civile, ont un double degré de force, par les circonstances dans lesquelles elles sont intervenues. »

Après une discussion serrée de ces deux points, l'archevêque conclut en ces termes :

« J'insiste sur ce qui vous a été représenté, avec vérité, par les députés des corps réguliers, que le résultat de ce nouveau règlement, s'il n'était pas révoqué, serait la destruction entière des Ordres religieux en France. La preuve n'en peut être équivoque, d'après

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