IL PLAIDE LEUR CAUSE DEVANT LE ROI
point des remontrances spéciales ^ Beaumont, chargé par ses collègues de plaider la cause devant le roi, obtint du monarque qu'il serait tenu bon compte des observations présentées, et lui-même fut unanimement prié « de suivre le succès de cette affaire ^ ». Mais on ne voit pas que Louis XVI, malgré sa promesse d'examiner à fond une question aussi délicate, ait modifié d'aucune sorte l'édit de 1768.
Les jansénistes de l'époque essayèrent bien de mettre l'archevêque en contradiction avec lui-même, sous ombre qu'il avait été un des premiers, dans l'Assemblée de 1765, à réclamer une commission d'évêques visiteurs pour la réforme des couvents. Mais, ainsi que le fit remarquer un publiciste, € ce prélat éclairé, qui veut qu'on rappelle les religieux à leur devoir, et non pas qu'on les détruise », se plaint avec raison de la rigueur de ces réformes à coups de cognée, « et l'archevêque de Lyon, son ancien antagoniste, pense comme lui ^ ». C'est après avoir vu échouer ses démarches auprès des ministres, qui lui auraient tout d'abord fait espérer « la suppression de la commission », que le prélat s'était décidé à porter la cause au tribunal de l'Assemblée de 1775. Plus tard encore, ce sera sur sa demande que l'abbé Mey publiera le célèbre Mémoire sur Vètat religieux, ouvrage d'un canoniste habile qui n'était pas exempt de préventions sur bien des points, mais qui,
1 Les commissaires nommés pour rédiger ces remontrances furent, avec Tarchevêque de Paris, ceux de Rouen et de Vienne ; les évéques de Chartres, d*Auxerreet de Soissons; les abbés de Saint-Pierre, de Mérinville, de la Gaude, de Saint-Gaprais, de Nicolaî et de Gastellane.
' Procè8-%>erhauXy p. 874 .
• Journal encyclopédique, !«' janvier 1776, p. 183.
312 UN TÉMOIGNAGE DE l'ÉVKQUE DE SENEZ.
dans cet écrit, « expose les faits avec exactitude et discute avec savoir et sagesse* ».
De ces remontrances de l'Assemblée en faveur des ordres religieux, le public avait aussitôt conclu que le haut clergé s'occupait de rétabir les Jésuites ^. Mais les prélats s'étaient bornés à se plaindre du régime d'éducation introduit dans les collèges depuis la suppression de ces utiles auxiliaires, et ils demandaient au souverain d'illustrer son règne en rendant les collèges au clergé, lequel, par ses lumières, son désintéressement et la nature de son ministère, était si bien appelé à la mission d'enseigner la jeunesse.
Il est vrai qu'ils avaient chaleureusement applaudi le magnifique témoignage que l'évêque de Senez, dans son discours d'ouverture, venait de rendre aux deux plus ardents défenseurs de la Société disparue. Parlant de la nécessité de s'unir contre les progrès de la licence et de l'impiété, Beauvais ne craignit pas d'offrir comme modèle ces deux hommes : l'un, mort depuis peu, Louis d'Orléans de la Motte; l'autre, encore entouré du respect de tous, Christophe de Beaumont ^,
1 C'est la réflexion de Picot, qui ajoute : « Il est impossible de mieux prouver les abus et les irrégularités de la commission. » [Mémoires , t. IV, p. 217.)
^ Voici ce qu'en écrivait un de ces anecdotiers crédules, dont on dit qu'en histoire ils regardent tout par le trou d'une serrure ; « Le roi a témoigné beaucoup de mécontentement en apprenant que dix-sept de nos évoques s'étaient permis d'écrire au pape sur l'accroissement do l'incrédulité en France, la protection qu'elle y trouve et qu'on ne pouvait attribuer qu'à la suppression des Jésuites ; pourquoi ces dignes évoques sollicitent Sa Sainteté d'intervenir pour arrêter l'extension de cet affreux désordre. Ces évéques, informés de l'effet que leur démarche plus que hardie avait fait à la cour, ont quitté Versailles et Paris, et se sont retirés chacun dans son diocèse, de crainte d'y être exilés. » {Co^^respondance secrète sur Louis XVI, etc.; t. I, p. 229.) — Il n'y a de vrai que le fait de la lettre écrite.
* Cf. Journal de Hardy, 7 juillet 1775.