MORT DU MARÉCHAL DU MUY
Quand l'orateur du clergé de France prononçait cet éloge caractéristique, l'archevêque de Paris, qui n'était pas consolé de la perte de son saint collègue d'Amiens, ne se doutait guère qu'avant la fin des séances il aurait à déplorer une autre mort bien affligeante pour sa nature affectueuse. Le 10 octobre, son cher du Muy succombait à l'opération qu'il avait subie lui-même, peu auparavant, dans des conditions si favorables. « La mort du maréchal du Muy est affreuse, » mandait à sa mère la reine Marie -Antoinette qui, tout récemment encore, s'était rencontrée avec lui, le jour où, reçue par Beaumont chez les Visitandines de la rue du Bac, elle avait été invitée à la pose de la première pierre de leur nouvelle église *.
Cette mort prématurée du plus fidèle des conseillers de la monarchie devenait une vraie calamité pour le royaume. Les cœurs honnêtes en furent singulièrement affectés. « Le comte du Muy, pouvait écrire un journaliste du temps, est regretté de tout ce qu'il y a de gens vertueux et particulièrement de M. l'archevêque de Paris, son ami intime, qui est infiniment sensible à cette perte ^. » Le corps du défunt fut transféré à Sens dans la nuit du 12 au 13, et déposé près de la tombe de son inséparable dauphin, père du roi. On connaît la devise qu'il y avait fait graver d'avance : Hue usque luctus meus.
Le service célébré aux Invalides, le 24 mai de l'année suivante, attira le plus brillant concours qui se puisse voir. Le chapitre de Notre-Dame avait prêté les riches
ï Lettre écrite de Fontainebleau à Marie-Thérèse, 17 octobre 1775. * Journal historique clu 1*' novembre 1775, p. 693.
314 LE « MEMENTO » DE l' ARCHEVÊQUE.
ornements déployés à l'obit de Louis XV, les tapissiers du roi s'étaient chargés des décorations. Tous les ministres assistaient à la cérémonie funèbre, et ce fut encore révoque de Senez qui prononça le discours. Beaumont, qui n'avait cédé à personne le douloureux honneur de présider l'office, renouvela devant Dieu la promesse faite à son ami mourant : celle de l'associer au dauphin dans un mémento spécial de chaque jour.
L'archevêque a tenu parole jusqu'au dernier soupir, car nul n'est resté plus fidèle à monter à l'autel tous les matins. Ce qui ne paraîtra pas un mince éloge de la régularité du prélat, en un temps où, sans parler d'autres motifs qui pouvaient rendre plus rare l'oflErande des saints mystères, une morale empruntée au janséniste Duguet n'hésitait point à prononcer « qu'il y aurait imprudence à un prêtre, même pieux, de célébrer la messe plus de trois ou quatre fois par semaine * ».
ï Cf. Institutions liturgiques, par D. Guéranger, I. II, p. 608. — Au xvnio siècle, bien des évoques ontendaient la messe de leurs aumôniers, durant la semaine, sans la dire. Un savant religieux, qui prépare une nouvelle vie de Théroïque Belsunce, annonce que la vénérable sœur Rémuzat fut chargée, do la part de Notre-Seigneur, de reprendre sur ce point le pieux prélat de Marseille.