‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 246 sur 348 · LA QUESTION DES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

LA QUESTION DES PROTESTANTS

L'archevêque n'ignorait pas qu'une des idées fixes de Turgot avait été que l'État, « tolérant envers toutes les religions dont les principes ne sont pas contraires à ceux de la société civile, en protégeât spécialement une pour cause d'utilité publique » ; et, dans la pensée de ce ministre d'hier, c'était le protestantisme qui devait être en France < cette religion protégée et subventionnée* ». Aussi notre prélat aimait-il à s'approprier la belle parole qu'avait prononcée le dauphin , père de Louis XVI, le jour où fut discutée l'affaire des soixantedouze millions offerts par les protestants pour venir en aide au trésor, à la condition d'obtenir le libre exer^ cice de leur culte dans deux villes de chaque province : € Le vrai bien de la France, son trésor et sa gloire, c'est la religion catholique ; s'il faut tout perdre, rien ne coûte pour le conserver. »

Christophe de Beaumont s'en était souvenu dans cette assemblée de 1775, à laquelle on a si amèrement reproché ses remontrances au sujet des hérétiques. C'est pourquoi , tandis que nous voyons les uns blâmer son commerce de relations avec Necker, d'autres lui savaient le plus mauvais gré de s'être adjoint à de fougueux prélats pour inspirer au jeune prince des mesures rigoureuses, en lui rappelant les promesses faites à son sacre, et en l'exhortant « à réprouver ces systèmes d'un tolérantisme capable d'ébranler le trône

1 « Dans deux articles publiés par la Critique philosophique, ]\f. Renouvicr montre comment Thomme (Turgot) qui forma le plan de l'évolution de l'ancien régime avait aussi conçu la pensée d'amener l'État à répudier la religion d'autorité, le catholicisme, et à accorder une protection particulière à la Réforme, qui est le libéralisme en religion. » {Journal du protestantisme françaity 29 mars 1879.)

LIBÉRALITÉS DE l'ARCHEVÊQUE. 329

et de replonger la France dans les plus grands malheurs* ». Malesherbes, un de ceux qui presseront bientôt Louis XVI de rendre Tétat civil aux protestants du royaume, sera contraint, en 1793, de faire cet aveu : * Le roi n*a pas eu de plus mortels ennemis. » Quant à Tarchevôque de Paris, il mourra trop tôt pour être témoin de ce fait devenu palpable : la Révolution n*est jamais au pouvoir, que le protestantisme n'y soit avec elle.

L'incident dont nous parlons nous oblige à déclarer que les rapports sociaux de Beaumont avec Necker, aussi bien qu'avec Sartine et Turgot, furent uniquement fondés sur la nécessité de pourvoir aux œuvres charitables dont il avait pris la charge. Le lieutenant de police en eût témoigné mieux que pas un, lui qui, dans les temps de disette publique, savait recourir si vite à une bourse toujours ouverte au bénéfice des indigents. € Voici cinquante mille écus, lui avait dit un jour l'aimable prélat; c'est à peu près tout ce qui me reste, et je regrette d'avoir à vous offrir si peu pour tant d'infortunés. »

Le cœur du roi, il faut le dire, entrait souvent de moitié dans les libéralités inépuisables de Tarchevêque. C'est ainsi qu'on lira, dans ses lettres patentes relatives aux travaux entrepris pour les améliorations de l'Hôtel- Dieu : « Nous avons vu avec satisfaction que la dépense n'excéderait pas six cent mille livres, et que nous pourrons y pourvoir sans rien détourner de notre trésor royal , en destinant à cet objet un fonds qui nous

^ Remontrances sur les entreprises des protestants^ dans la CoUeetion des Procès-verbaux y t. VIII, partie II, p. 714.

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