UNE LETTRE AU DIRECTEUR DES FINANCES
tervention de Tarchevêque, et ce fougueux adversaire des philosophes et des jansénistes ne tarda pas à nouer avec M. et madame Necker de cordiales relations ^
Ces relations, on l'a vu, avaient toujours pour principe une question de charité ou de bonne œuvre ^. C'est ainsi que le directeur général des finances, ayant fait demander un jour la permission d'entrer dans les lieux claustraux de l'hôpital Saint-Louis, le chanoine Rivière, théologal et visiteur de l'Hôtel-Dieu, s'était empressé d'envoyer l'autorisation, non toutefois sans accompagner sa lettre de certains desiderata que Beaumont avait fort à cœur dans l'intérêt des pauvres malades ^.
En remerciant de la confiance qu'on lui témoignait, Necker ajouta ces quelques mots que je copie sur l'autographe :
Je cherche à me procurer, en effet, différentes instructions sur l'Hôtel-Dieu qui paroit susceptible de quelques améliorations, mais jusques à présent je n'ai que des idées vagues sur cet objet, et jamais je n'ai pensé à former aucun plan à cet égard, sans consulter touttes les personnes qui ont des droits sur l'administration de cette maison, et votre chapitre en particulier ; je suis persuadé qu'un bien de ce genre ne peut se faire que par voye de conciliation, et cette voye est aisée à suivre quand on a à traitter avec des
1 Revue des Deux Mondes, 15 décembre 188U, p. 822.
^ Il n'en est pas moins fâcheux que le chanoine du Louvre, qui prononça plus tard réloge funèbre de Christophe de Beaumont, ait cru opportun, par une digression calculée, de faire un éloge pompeux de Necker. « Cette accolade d'un archevêque et d'un protestant 1^ fut jugée très déplaisante en pareille rencontre, et l'on blâma l'orateur d'avoir ainsi « paru vouloir mériter les applaudissements de certaines gens, dont l'approbation doit être fort indifférente à un ministre de l'Évangile ». (Journal historique du 15 janvier 1783, p. 150. — Cf. Bachaumont, 21 décembre 1782.)
' Registres capitulaires de Notre-Dame (LL, 335*').
PROTESTATION DE BEAUMONT CONTRE l'uSURE. 333
personnes vertueuses, et qui consacrent leur tems et leurs soins à des œuvres de bienfaisance *.
Christophe de Beaumont ne s'en tenait pas moins en garde contre certains agioteurs de haut parage, lesquels, sous prétexte de favoriser les opérations de bienfaisance, ne cherchaient qu'à entretenir l'âpre furie des usuriers leurs complices. Le premier, il envoya au comité ministériel sa protestation contre l'ouverture du Lombard établi. En vain lui fut-il représenté que cet établissement procurerait au moins cent cinquante mille livres par an à ses pauvres : « Eh bien ! répliqua-t-il, je m'oppose encore à cette usure publique, et je fournirai moi-même aux pauvres 200,000 livres *. »
Les ennemis de l'archevêque, ne pouvant mettre en doute ses immenses charités, s'avisèrent d'insinuer qu'il ne répandait tant de largesses qu'aux dépens de son exactitude à satisfaire ses propres créanciers. Pareille calomnie fit assez d'impression sur quelques âmes honnêtes pour qu'un très riche personnage offrit d'employer la majeure partie de sa fortune à payer les dettes du saint prélat. Celui-ci, touché de la bonne intention,
n'eut pas de peine à justifier de l'ordre qui régnait dans ses affaires. Tous les mois, en effet, Beaumont, qui n'eut jamais à contracter d'emprunt , calculait une à une toutes ses ressources et ne laissa jamais entièrement tarir les réserves de la charité. Une sévère économie ,
1 Lettre du 22 février 1780.
' Corretpondanee secrète sur la cour et la ville, publiée par M. de Lescure, t. I, p. 132. — Pour se rendre compte des préjugés défavorables que nourrissait l'archevêque à l'endroit du Mont-de-Pié(é de Paris, organisé par l'édit ,de 1777, on lira avec intérêt un article de M. le marquis de Ségur, qui a été publié dans VAssociation cathoHqtie (t. IV, p. 145).