LES ÉCOLES ROYALES MILITAIRES
noblesse, et les élèves qui en sortaient prenaient aussitôt rang d'officiers.
Or, par sa déclaration du 1"' février 1776, qui venait de porter à six cents le nombre de ces jeunes gentilshommes, Louis XVI, au lieu de les réunir comme auparavant dans les établissements de Paris et de la Flèche, jugea plus à propos de les répartir en divers collèges de province, qui prirent dès lors le titre à! Écoles 7^oyales militaires. Il se proposait d'appliquer les économies qui résulteraient de ce nouveau plan , tant à procurer de plus abondants secours à la noblesse équipée pour son service, qu'à entretenir les cadets de famille au milieu de ses troupes.
Le règlement du 28 mars désignait, à cet effet , dix maisons de plein exercice, toutes dirigées par des religieux : les Bénédictins à Sorèze , ïiron, Rebais , Beaumont et Pontlevoy ; les Oratoriens à Vendôme, Effiat et Tournon ; les Minimes à Brienne et les Chanoines réguliers de Saint-Sauveur à Pont-à-Mousson.
Cette innovation importante était due au comte de Saint-Germain, ministre de la guerre, qu'on savait en excellents rapports avec l'archevêque de Paris et qui , d'ailleurs, ne cherchait pas à s'en défendre. Mais ces relations mêmes, jointes à sa qualité d'ancien jésuite — avantage dont il se montrait beaucoup moins fier — vont armer contre une entreprise admirable tout le mauvais vouloir des comités philosophiques. Ce sera bien une autre tempête quand la nouvelle ira s' accréditant que le ministre est à la veille de former, dans les bâtiments de l'École militaire, un véritable séminaire d'aumôniers pour les armées du roi, et que Beaumont se charge d'y réunir nombre de prêtres ayant appartenu à la Com-
UN SÉMINAIRE D* AUMONIERS. 337
pagnie de Jésus dissoute. Il a même offert d'avance cent mille écus, comme frais de premier établissement ; ce qui est vrai.
Au milieu de ces bruits , en partie fondés, se dissimulait à plaisir une insinuation fausse. On va voir de quelle façon Tavocat Linguet en faisait alors justice :
Vous connaissez une secte ambitieuse, despotique, intolérante qui, depuis vingt ans, ravage la France, les arts , les mœurs, qui est parvenue à s'emparer de presque tous les moyens de subjuguer les esprits et menacerait l'Europe d'une invasion universelle... On sait comment ses chefs ont réussi à devenir presque partout les maîtres de l'enseignement. Ils se flattaient d'occuper, par un de leurs détachements , la nouvelle institution de l'École militaire. Ils ont été déçus, M. le comte de Saint-Germain s'étant déterminé à n'y admettre que des ecclésiastiques... Qu'ont fait, pour se venger, les philosophes ainsi écoaduits? Ils ont cherché à rendre ridicule et odieux tout à la fois l'établissement du comte de Saint-Germain. Ils ont prétendu que des prêtres ne pouvaient donner à une jeunesse militaire qu'une éducation pédantesque, propre à l'éloigner de sa destination*, et que ces prêtres étaient des Jésuites! Vous sentez la malignité de ce dernier trait...'
Déjà, en effet, le 28 février 1777, Alexandre Angran, président à la troisième chambre des Enquêtes, avait, en s'inspirant d'alarmes feintes ou réelles, dénoncé les Jésuites au Parlement comme gens résolus à se faufiler dans rÉcole militaire, afin d*y prendre « l'ascendant le plus décidé sur les troupes » et confisquer, par la suite, à leur profit « une partie importante de l'éducation nationale^ ». Et Christophe de Beaumont était si bien dans
^ Napoléon Bonaparte, qui fut élevé à Brienne de 1779 à 1784, aurait pu témoigner qu^on n'étouffait pas chez tous, dans ces Écoles^ Tesprit militaire. ' Annales politiques^ t. II, p. 412. ■ Nouvelles ecclésiastiques de 1777, p. 77.
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