RUMEURS CONCERNANT LES JESUITES
pas moins de se répandre, voire même d'être prises au sérieux par les dupes, après avoir été mises en circulation par les habiles. Comme au temps dont parle Tacite, à des bruits, vagues d'abord et incertains, ne tardèrent pas à succéder les affirmations de gens qui prétendaient s'être trouvés à l'affaire et avoir vu de leurs yeux ^ A les croire, « les ci-devant Jésuites » venaient d'élire, en remplacement de feu Ricci, un nouveau général nommé Dandria — Napolitain selon les uns, Ragusien selon les autres. La ville de Lyon avait été choisie comme siège d'un chapitre clandestin, et « les gros bonnets de l'Ordre s'y étaient rendus en habit laïque- ».
Prévenu par le comte d'Aranda , ambasSadeur d'Espagne, le Parlement s'émeut de ces menées secrètes que favorise l'archevêque. Une lettre de Versailles, datée du 4 mars, porte qu'on a déjà découvert en partie « les vues et les démarches et même les agents », entre autres une dame Gérard, de Lyon, qui vient d'acheter à Paris un hôtel très vaste, rue du Mail, « à l'effet, apparemment, d'en faire une maison de ralliement pour les Jésuites dispersés, nonobstant le séminaire militaire ». Sur ce, la dame Gérard est arrêtée, et le Parlement ordonne la plus sévère enquête au sujet des manœuvres du prélat et autres « fauteurs de la Société ».
Beaumont réclame et, huit jours après, on est forcé de déchanter. « Je ne sais, écrit encore de Versailles le même correspondant, si l'adroite politique des amis de
1 « Vagus primum et incertus rumor; mox, ut in magnis mendaciis, inlerfuisse se quidam et vidisse afflrmabant. » {HUtor, lib. I, cap. xxxiv.) » Journal de Hardy, Il janvier 1777.