VOLTAIRE TOMBE MALADE
Le clergé, réduit à gémir avec son archevêque, s'abstint plus complètement encore, et ceux de ses membres qui étaient les collègues du philosophe à l'Académie n'y parurent plus^
Sur ces entrefaites, Voltaire est tout à coup saisi d'un violent crachement de sang qui menace de l'emporter au milieu même de son triomphe. Un bulletin, assez ridicule d'ailleurs, inséré par le célèbre Tronchin dans le Jourmal de Paris, donna l'éveil au public sur l'extrême gravité du mal.
J'aurais fort désiré de dire de bouche à M. le marquis de Villette, que M. de Voltaire vit depuis qu'il est à Paris sur le capital de ses forces, et que tous ses vrais amis doivent souhaiter qu'il n'y f vive que de sa rente. Au ton dont les choses vont, les forces dans peu seront épuisées; et nous serons témoins, si nous ne sommes pas complices, de la mort de M. de Voltaire*.
Justement préoccupé du sort éternel de cette âme qui ne tarderait pas à paraître devant Dieu, désireux en outre de diminuer le plus possible les effets d'un scandale qui n'avait que trop duré^ l'archevêque de Paris venait, à cette occasion, de réunir dans son palais un certain nombre de prêtres avec lesquels il agita la question des moyens à prendre pour arriver auprès du malade octogénaire. Plusieurs ecclésiastiques, il est vrai, s'étaient déjà vainement présentés d'eux-mêmes à l'hôtel de Villette, mais on assurait que l'un d'eux
j « dire, et plus le mot. » C'en a été cependant assez pour que la reine et bien
d'autres aient ralenti leur ardeur. » {Correspondance secrète^ t. I, p. 144.)
^ Les abbés Millot et de Boismont furent les seuls ecclésiastiques qui jugèrent pouvoir se trouver à l'Académie, le jour où Voltaire y vint prendre la place d'honneur.
* Journal de Paris, vendredi 20 février 1778, n» 51.