LETTRE DE L ABBÉ GAULTIER
avait réussi, sous je ne sais quel déguisement, à forcer Timpitoyable consigne, à se jeter aux pieds du lit de rincrédule et à le conjurer en larmes de se confesser. Si grotesque, il faut le dire, que les amis de Voltaire aient cherché plus tard à rendre cette scène, on ne doutait point alors que le malade n'en eût été singulièrement frappé. On sut même qu'elle lui avait donné à réfléchir.
Les choses en étaient là, quand un ancien jésuite, devenu chapelain des Incurables, prit sur lui de faire une démarche toute personnelle, sauf à en référer ultérieurement à Beaumont qui tenait ce prêtre en particulière estime. Le 20 février, l'abbé Gaultier écrivit au vieillard la lettre suivante :
Beaucoup de personnes, Monsieur, vous admirent; je désire du plus profond de mon cœur être de leur nombre; j'aurai cet avantage, si vous le voulez, et cela dépend de vous. Il en est encore temps; je vous en dirai davantage si vous me permettez de m'entretenir avec vous. Quoique je sois le plus indigne de tous les ministres, je ne vous dirai cependant rien qui ne soit digne de mon ministère, et qui ne doive vous faire plaisir. Quoique je n'ose me flatter que vous me procuriez un si grand bonheur, je ne vous oublierai pas pour cela au très saint sacrifice de la messe, et je prierai, avec le plus de ferveur qu'il me sera possible, le Dieu juste et miséricordieux pour le salut de votre âme immortelle, qui est peutêtre sur le point d'être jugée sur toutes ses actions. Pardonnez-moi, Monsieur, si j'ai pris la liberté de vous écrire ; mon intention est de vous rendre le plus grand de tous les services; je le puis avec le secours de celui qui choisit ce qu'il y a de plus faible pour confondre ce qu'il y de plus fort. Que je serai heureux si votre réponse est analogue aux sentiments avec lesquels, etc.
Gaultier, prêtre.
La réponse de Voltaire ne se fit point attendre. On a