RÉPONSE DE VOLTAIRE
eu raison de dire qu'elle ne fournissait pas matière à de grandes espérances de conversion, mais enfin, pour l'abbé Gaultier, c'était la porte ouverte.
Votre lettre, Monsieur, me paraît celle d'un honnête homme, et cela me suffit pour me déterminer à recevoir l'honneur de votre visite, le jour et les moments qu'il vous plaira de le faire. Je vous dirai la même chose que j'ai dite en donnant la bénédiction au petit-fils de l'illustre et sage Franklin, l'homme le plus remarquable de l'Amérique; je ne prononçai que ces mots : Dieu et la liberté! Tous les assistants versèrent des larmes d'attendrissement. Je me flatte que vous êtes dans les mêmes principes.
J'ai quatre-vingt-quatre ans ; je vais bientôt paraître devant Dieu, créateur de tous les mondes. Si vous avez quelque chose à me communiquer, je me ferai un devoir et un honneur de recevoir votre visite, malgré les souffrances qui m'accablent*.
Le soir même, l'abbé Gaultier frappait à la porte du malade. Voltaire congédia aussitôt une nombreuse société rassemblée dans son salon et introduisit le prêtre dans son cabinet. Le chapelain ayant déclaré sans détour qu'il était venu apporter le secours de son ministère, Voltaire le questionna beaucoup sur le motif de sa démarche, et se montra satisfait d'apprendre qu'elle n'avait pas été suggérée par l'archevêque de Paris. Aux offres de service que lui fit à son tour le vieux poète, l'abbé Gaultier repartit qu'il se croirait trop récompensé s'il parvenait à le conquérir à Dieu. « M. de Voltaire, touché de ces paroles, me dit qu'il aimait Dieu ; je lui répondis que c'était beaucoup, mais qu'il fallait lui en donner les marques... » La conversation, dont l'ex-
i Lettre du 21 février 1778.