‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 268 sur 348 · SORTIE VÉHÉMENTE DE BEAUREGABD · texte numérisé non relu

SORTIE VÉHÉMENTE DE BEAUREGABD

si j'y avais été, cela ne se serait pas passé ainsi ^ » Cependant la capitale s'était mise en frais d'enthousiasme pour décerner au coryphée du déisme une d(f ces ovations qui tiennent du délire. Il faut se taire sur ces folies dans lesquelles la cour et la ville prenaient gaiement chacune leur part, sans se rendre compte du mouvement accéléré qu'on imprimait aux idées d'indépendance et de révolution. Christophe de Beaumont s'en indignait avec plus de tristesse encore que de vivacité, et le P. Beauregard, alors son confident, bientôt son commensal ^, eut charge de dénoncer du haut de la chaire les honneurs prodigués à ce chef notoire d'une secte impie. On sait comment le célèbre orateur, prêchant à la cour de Versailles le dimanche des Rameaux, 12 avril, éclata dans une sortie véhémente contre les philosophes modernes dont il stigmatisait les œuvres abominables. A l'entendre , « c'était Dieu, c'était le roi, c'étaient les bonnes mœurs qui étaient l'objet des attaques de ces productions subversives de tout gouvernement et de toute croyance, productions imprudemment souffertes et qui, au lieu des répressions les plus méritées, valaient des couronnes à leurs auteurs^ ».

Il faut lui lâcher un coup de fusil ! murmura brutalement une voix dans l'auditoire *. D'Alembert se contenta de dire, au sortir du sermon : « Ces gens-là (les Jésuites) ont une rude agonie ^. »

1 Bachaumont (8 mars 1778).

2 Beauregard, 4C chéri du prélat au point d'avoir élé jugé digne d'occuper un logement dans son palais >. {Journal de Hardy, 4 avril 1779.)

* Voltaire, son retour et sa mort, par Desnoiresterres, p. 325.

* Journal historique du lo*" janvier 1779, p. 76. » Mémoires de Weber (édition Barrière), p. 58.

362 l'archevêque lui donne raison.

On voulut voir, dans cette € explosion » de Beauregard contre les adeptes de Voltaire, un coup droit porté a la faiblesse du garde des sceaux, Miromesnil, qui avait défendu de laisser passer à l'impression aucune critique de l'idole pendant son séjour à Paris ^ Plainte est aussitôt portée à l'archevêque, qui donne naturellement raison à Beauregard. De leur côté, les courtisans s'étaient adressés à Louis XVI : « Il a fait son devoir, leur est-il répondu, faîtes le vôtre. » Et comme le prince de Beauvau insiste avec une certaine chaleur : « Il a dit ce qu'il devait dire, ajoute le roi ; et vous, vous devez vous taire et profiter ^. »

On reconnaît à ce langage l'accent de foi chrétienne qu'avaient imprimée dans l'âme du jeune monarque un père et une mère trop tôt ravis, hélas ! à sa royale éducation. En ce moment-là même, le prince Clément de Saxe, frère de l'admirable dauphine Marie - Josèphe, écrivait au prince Xavier la lettre suivante, dont il faut respecter jusqu'aux germanismes :

Autant j'étois consolé de ce que vous me dites dans votre lettre du 34, très cher frère, du bonheur que vous avés de placer vos enfants dans un couvent à l'abri de la contagion, par les soins du S. Archevêque (de Paris) ; autant je suis affligé de ce que vous me dites de Fétat de notre S. religion dans cette capitale, et tout ce qu'elle aura à craindre si Dieu appellerait à lui ce digne prélat.

L'accueil qu'on fait à ce malheureux Voltaire est bien humiliant pour tous les gens de bien. Je vous suis vraiment reconnaissant que

1 Miromesnil fut si honteux de voir sa faiblesse indirectement dévoilée devant le roi, que, craignant une explication, il se hâta de lever sa défense (BachaumonI, 20 avril 1778).

> Hardy, 22 avril 1778.

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