MORT DE VOLTAIRE
VOUS ne vous êtes pas laissé entraîner de porter votre encens à cet idole de ce siècle pervers*.
Malheureusement tous les princes de la famille royale ne se montraient pas, dans la circonstance, animés de sentiments aussi chrétiens. Voltaire toutefois, désespérant de trouver jamais grâce devant Louis XVI, semblait résolu à prendre le chemin de Femey. 11 avait même déjà fait annoncer son retour pour le lundi de QuasimodOy mais, à la suite de Tincident que nous avons mentionné, il contremanda le départ , sous prétexte qu'il ne devait point avoir Tair de fuir les apostrophes d'un « soi-disant ci-devant jésuite - ». — « Je crois, écrivait -il au comte de Rochefort, que M. l'abbé de Beauregard, prédicateur de Versailles, m'aurait volontiers refusé la sépulture, ce qui est injuste, car on dit que je ne demanderais pas mieux que de l'enterrer; et il me devait, ce me semble, la même politesse ^. »
Ce fut Christophe de Beaumont qui revendiqua toute la responsabilité de ce refus de sépulture. A peine Voltaire eut-il succombé, le 80 mai, à laffreuse mort dont chacun connaît les détails, que ses amis résolurent d'en atténuer le scandale par l'éclat d'une pompe funèbre, dernier triomphe à ménager au patriarche de la secte. Mais ils comptaient sans l'énergique résistance de l'archevêque et de son conseil qui, d'une voix unanime,
1 Lettre du 21 avril 1778 [Arehioes de Troyes).
' Madame d'Épinay, dans une lettre à Galiani, donne un autre motif au changement de dispositions pour le départ. « Voltaire a acheté une maison assez près de moi. Il l'habitera au mois dô septembre. Sa nièce est assez sérieusement malade. Cette circonstance lui a fait renoncer au projet d'aller passer deux mois à Femey. » (Lettre du 3 mai 1778.)
« Lettre du 16 avril 1778.