‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 281 sur 348 · LE CHANOINE DE GRENOBLE · texte numérisé non relu

LE CHANOINE DE GRENOBLE

d'amour pour la vérité, ma franchise ne paraissait pas lui déplaire et qu'il lui est arrivé plusieurs fois, en écoutant cette lecture, de me dire : Cela est bien fort, mais (fest vrai, »

Mentionnons ici une anecdote assez plaisante qu'il faut prendre pour ce qu'elle vaut. Je la transcris en partie, d'après la note communiquée par M. Albert du Boys à M. Adolphe Rochas qui l'insère, dans sa Biographie du Dauphinéj à l'article « Barthélémy d'Orbanne ».

Avant la Révolution, l'évêché de Grenoble comprenait une partie du diocèse actuel de Ghambéry. Victor Amédée III, roi de Sardaigne, ayant sollicité du pape l'érection d'un évêché dans l'ancienne capitale de ses États, le chapitre de la cathédrale de Grenoble ne put apprendre avec plaisir une demande qui tendait à le priver d'une partie de ses revenus. Il s'empressa de faire des démarches auprès du gouvernement français pour obtenir en dédommagement, si l'érection sollicitée avait lieu, l'union de quelque bénéfice ou abbaye. Mais on écouta à peine sa demande, et c'est afin d'en poursuivre la prise en considération qu'il envoya Barthélémy ( chanoine théologal) à Paris.

A peine arrivé, le député apprit que le peu de succès des réclamations de son chapitre devait être attribué à l'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont. Ce prélat, en effet, les blâmait fortement, et sa haute influence sur la direction des affaires ecclésiastiques avait suffi pour les faire rejeter tout à fait. Aussitôt notre chanoine résolut de. se rendre auprès de lui... Il se présenta donc au prélat et lui exposa les motifs de la réclamation du chapitre de Grenoble. Beaumont répéta sa critique, observant que la diminution des revenus du chapitre serait peu considérable pour chaque chanoine, et que, pour le service qu'ils rendaient à l'Église, ils seraient toujours assez rétribués.

« Excusez-moi, Monseigneur, répliqua vivement Barthélémy, si je prends la liberté de vous demander ce que le chapitre de Grenoble a fait à votre illustre famille. Un de ses membres les plus éminents, les plus célèbres, le baron des Adrets, commandant général

GARANTIES DONT s'eNTOURE L* ARCHEVÊQUE. 383

de toutes les armées des protestants du Midi, après avoir pris Grenoble en 1562, fit brûler nos archives, ce qui nous priva de rentes considérables... Et aujourd'hui, vous. Monseigneur, vous, le chef de la maison du baron, vous vous opposez à ce qu'on nous indemnise de la perte que nous causera un événement non moins imprévu et non moins difficile à prévenir que la prise de Grenoble ! — Vous l'entendez. Messieurs, s'écria Beaumont, voilà le fils et frère des deux plus savants avocats du Dauphiné, qui doit connaître toutes les grandes familles de sa province ! il reconnaît que je suis de celle des Beaumont, de celle du baron des Adrets... L'abbé, venez me parler demain. » .Celui-ci fut exact au rendez-vous, et il n'est pas besoin de dire qu'il réussit complètement dans sa mission.

Quoi qu'il en soit d'une anecdote qui n'a d'autre autorité que le récit de Barthélémy lui-même à Berriat- Saint-Prix, il est hors de doute que l'archevêque n'épargna rien pour entourer l'histoire de sa maison de toutes les garanties désirables. Son plus grand souci semblait être que certains points de la généalogie ne fussent pas assez appuyés. « On avait, disait-il , tenu des propos; ses ennemis avaient jeté des nuages, il paraissait craindre la méchancheté. J'avais multiplié les preuves, surtout sur l'endroit jugé faible. Je les avais portées jusqu'à F accablement ^ pour me servir de l'expression d'un illustre critique. Je défiais la satire et je parvins enfin à le persuader, parce que je l'étais moi-même. » Ainsi parle Brizard, qui pouvait d'ailleurs invoquer à l'appui les témoignages les plus significatifs.

Un membre de l'Académie des inscriptions, Désormeaux, lui écrivait le 25 janvier 1779 : « Je suis enchanté de votre ouvrage. Je ne doute point qu'il ne fasse la même impression sur tous ceux qui le liront... En vérité, vous élevez un monument immortel à l'illustre maison qui vous a choisi pour son digne historien.»

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