‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 290 sur 348 · MONTAGU SUCCEDE A TUDERT · texte numérisé non relu

MONTAGU SUCCEDE A TUDERT

peu à rimproviste, le 26 novembre 1779, en rentrant des matines qui se disaient à la métropole sur le coup de minuit. La mort fut si prompte qu'on ne voit pas comment les ennemis de Beaumont en ont pris texte pour lui reprocher de n'avoir pas rendu visite à son doyen expirant, lequel « avait été extrêmement assidu à l'archevêché, lorsque le prélat lui-même était malade^ ». Flotard de Montagu, élu à la place du défunt, le 17 janvier 1780, ne recueillera les honneurs de sa charge que pour se préparer à clore la liste de ces nobles dignitaires de Notre-Dame, supprimés, diç ans après, par la trop fameuse Constitution civile du clef^gè *.

Il nous reste à réunir, dans ce chapitre, les seuls événements de quelque intérêt dont nous ayons trouvé trace jusqu'à l'année 1781, qui fut celle de la mort du grand archevêque.

On se souvient de la dénonciation qu'il avait faite dans l'Assemblée générale de 1775, de l'ouvTage célèbre que Nicolas de Hontheim, évêque de Myriophite in partibus, publia un jour sous le nom de Fêbronius ^, J'ai parlé ailleurs de la fortune prodigieuse de ce livre, arrivé trop bien à son heure au milieu de la crise redoutable que traversait alors l'Église d'Allemagne. De francs sectaires y prenaient à tâche de renouveler toutes les maximes des protestants contre la puissance ecclésiastique, de détruire chez le peuple le respect

1 Nouvelles ecclésiastiqtœs de 1782, p. 62.

^ Montagu devait mourir presque sans secours, dans une modeste chambre garnie, le 22 pluviôse de l'an I (11 février 1793).

' Le vrai litre du livre est celui-ci : Jiutini Fehroniiy de statu prœsenli Ecclesiœ, liber singularis.

RÉTRACTATION DE HONTHEIM. 395

pour Tautorité du Saint-Siège, de représenter l'Église de Jésus-Christ comme une institution en souffrance, avec un gouvernement vicieux et des lois tyranniques, une discipline abusive, des doctrines frelatées et de superstitieux usages.

Clément- Wenceslas de Saxe, à la vocation duquel la dauphine Marie-Josèphe avait autrefois si chaudement intéressé Christophe de Beaumont, était alors archevêque de Trêves. Uardeur qu'il déploya dans l'affaire de Fébronius, contre une production qualifiée par lui de « satanique » , lui avait mérité dans le temps, avec un bref élogieux de Clément Xm, les félicitations de l'archevêque de Paris, qui chargea plus tard Bergier de discuter, à l'exemple de Zaccaria et de Feller, les erreurs théologiques du livre incriminé ^

Or, le jour même de Noèl 1778, Pie VI, après avoir officié dans la basilique de Saint-Pierre , réunissait les cardinaux en un consistoire secret , pour leur communiquer les lettres du prince Clément, annonçant la rétractation très explicite de Hontheim et fournissant toutes les pièces à l'appui. La joie fut grande à Rome. On y prit une part moins vive en France, où le livre de Fébronius ne s'était guère répandu que parmi les fanatiques de la secte.

Un ouvrage d'un autre genre, également dangereux, mais d'une diffusion plus facile chez nous, à cause de la langue dans laquelle il était écrit, remplissait d'amertume les derniers jours de l'archevêque. C'était YHiS' toire philosophique et politique des établissements des

1 D'après Picot, Bergier se contenta, dans une lettre imprimée à un évoque d'Allemagne, de montrer « les contradictions et les écarts du livre». {Mémoires, t. V, p. 98.)

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