‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 291 sur 348 · CONDAMNATION DU LIVRE DE RAYNAL · texte numérisé non relu

CONDAMNATION DU LIVRE DE RAYNAL

Européens dans les deux Indes^ par Raynal Le livre avait été déjà publié quelques années auparavant, et Beaumont s'occupait même, sur la fin de 1775 , de diriger contre lui un mandement doctrinal des plus importants, lorsque la maladie, jointe aux embarras de toute sorte qui l'envahirent alors, vint l'empêcher de conduire l'œuvre à bon terme.

Malheureusement, dans l'intervalle, la production de Raynal s'était accrue d'une façon inquiétante , et on la réimprimait, en dernier lieu, avec des additions considérables qui la rendaient de plus en plus digne de flétrissure. Mélange audacieux de déclamations impies, de reproches amers, de sarcasmes indécents et d'impostures grossières à l'adresse de la religion chrétienne, l'œuvre ne semblait étrangère qu'à la seule matière dont l'auteur avait annoncé le plan. Sans parler des blasphèmes contre la révélation , la personne adorable de Jésus-Christ et l'établissement du christianisme, quelle morale, en vérité, que celle qui ne voyait dans la pureté des mœurs « qu'une affaire d'opinion», et proclamait avec emphase ces deux principes du code nouveau, si prônés encore par maint réformateur de nos jours : Bèsir de jouir l liberté de jouir!

L'avocat général Séguier ne fera donc que traduire l'impression universelle dans cette conclusion du réquisitoire : « On dirait que l'auteur n'a entrepris le détail historique qu'il présente que pour réunir sous un seul et même point de vue tous les genres d'impiété. »

Le Parlement, en effet, sur l'ordre de Louis XVI révolté d'un tel cynisme, devait condamner le livre au feu et poursuivre le coupable écrivain, qui n'eut que le temps de fuir à l'étranger. Mais déjà, sur les pressantes

IRRITATION DES ENCYCLOPEDISTES. 397

instances de Tarchevêque de Paris, la Sorbonne, dont il était proviseur , avait frappé XHistoh^e philosophique d'une condamnation d'autant plus magistrale que, non content de censurer les maximes d'un livre qualifié par elle de « délire d'une âme impie » , elle établissait encore les principales preuves de la foi et réfutait la plupart des aberrations de l'auteur.

Que les encyclopédistes aient jeté les hauts cris à cette nouvelle, il n'y a rien là qui nous doive étonner. Ces intolérants au rebours, qui ne savaient que provoquer des mesures de rigueur contre toute critique indépendante égratignant leur amour-propre, ne restaientils pas dans leur rôle en soutenant, une fois de plus, que « les erreurs même, distribuées en tout lieu par la voie de l'impression, deviennent pour l'État une branche nécessaire de commerce >i II est vrai que Beaumont ne paraissait pas plus disposé qu'autrefois à reconnaître cette prétendue « nécessité » d'empoisonner un pays pour l'enrichir. Peut-être se rappelait-il un beau mot de son regretté dauphin : « Malheur à l'État qui aurait besoin , pour subsister, de tolérer ce commerce d'iniquité ou tout autre semblable ! Cest un malade réduit à rC avoir que du poison pour remède. »

Ce que l'on comprendrait moins, si la haine de secte n'était pas impitoyable, c'est que les partisans de la doctrine farouche, ne pouvant reprocher à Beaumont d'avoir "gardé le silence sur Raynal, l'avaient inculpé du peu de zèle qu'il aurait déployé à rencontre des œuvres de Voltaire, dont Beaumarchais venait de lancer à grands fracas le prospectus. Ce n'est point qu'ils ignorassent que l'archevêque avait écrit au garde des sceaux pour le prier de ne pas permettre cette édition ;

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