‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 293 sur 348 · LETTRE DE L*ARCHEVÊQUE A BEAUMARCHAIS · texte numérisé non relu

LETTRE DE L*ARCHEVÊQUE A BEAUMARCHAIS

avait épousé le prince de Nassau qui tenait à faire reconnaître en France la légitimité de son mariage par l'autorité ecclésiastique. Habitué à se servir en tout de "Beaumarchais, son bailleur de fonds, le prince lui confia le soin de transmettre, en Tappuyant, sa demande au religieux prélat. Voici la réponse de Beaumont à l'auteur du Ma^nage de Figaro plaidant pour une princesse divorcée :

Paris, le 13 septembre 1780.

Je VOUS envoie, Monsieur, ma ré(ionse à la lettre dont M. le prince de Nassau m'a honoré. Vous voudrez bien la lui faire passer. Je ne vous dissimulerai pas que cette réponse est négative. Malgré le désir que j'aurais d'entrer dans les vues du prince, je n'aurais pu concourir à son mariage sans aller contre les principes de l'Église latine, qui ne connaît aucune cause de divorce, et notamment contre les principes de l'Église gallicane, où il n'y a jamais eu d'exemple de pareils mariages. D'ailleurs, il y a en France une parfaite conformité entre les lois civiles et ecclésiastiques sur la matière du divorce.

On ne peut rien ajouter à la sincérité des sentiments avec lesquels, etc..

f Christophe, arclievêque de Paris,

Beaumont aura le regret d'apprendre que, malgré son refus motivé, le mariage du prince, considéré comme contracté en Pologne, n'en sera pas moins reconnu à Versailles , et sa femme admise comme princesse de Nassau *.

Un prêtre, avide de célébrité, que les encyclopédistes travaillaient à mettre en faveur et dont Beaumarchais s'efforcera bientôt d'avancer la scandaleuse fortune,

^ Beaumarchais et son lemps^ par Loménie, t. II, p. 280.

400 LE SERMON DE L ABBÉ d'eSPAGNAC.

était ce même abbé d'Espagnac, fils du gouverneur des Invalides, que nous avons déjà vu rétablir, dans son panégyrique de saint Louis, les passages regrettables biffés d'un trait de plume par l'archevêque de Paris. Le jeune chanoine venait de publier ses Réflexions sur Vabhè Sugerj libelle injurieux, dans lequel il semblait se donner la misérable satisfaction d'humilier l'état monastique, en diffamant une de ses plus pures gloires. Le cardinal de Luynes, archevêque de Sens, n'avait pas hésité à lui retirer sur-le-champ ses lettres de grand vicaire, malgré 4es égards que pouvait mériter sa famille.

Sur ces entrefaites, l'abbé d'Espagnac, dont la secte vantait à dessein le talent oratoire, avait été désigné par le grand aumônier de PYance, trompé sur son compte, pour prêcher devant le roi le sermon de la Gène. Mais Beaurnont, déjà tenu en défiance par ce qu'il savait de ses liaisons fort peu ecclésiastiques, venait d'être averti des singularités d'un discours auquel plus d'un écrivain suspect passait pour avoir collaboré. Il n'eut donc pas de peine à convaincre le cardinal de Rohan, grand aumônier, qu'il était nécessaire d'exiger préalablement la lecture de ce discours.

Tous deux l'examinèrent avec soin et ne purent cacher leur surprise de le trouver, non seulement étranger au mystère du jour, mais encore rempli des matières les plus hétéroclites, et cousu de lambeaux disparates qui affectaient, en particulier, un parallèle offensant entre la royauté et le despotisme. Il fallait à tout prix épargner au roi un sermon d'un effet plus fâcheux encore que celui qu'il avait trouvé, l'année précédente, si peu « chrétien ». On convint de tout

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