DÉCLIN DES FORCES DE L ARCHEVÊQUE
édifia grandement Mgr de Beaumont, mais elle valut à ce prélat d'être accusé, par une plume . malveillante, de n'avoir exigé cette démarche de Boulogne que « pour mettre son amour-propre et même sa justice à couvert* ».
Cependant le digne archevêque allait s'affaiblissant de plus en plus. Les fidèles de la capitale, qui regrettaient de ne plus le rencontrer dans les cérémonies qu'il présidait toujours avec une majesté incomparable, furent sans doute agréablement surpris de le voir officier, le 2 février 1781, pour les fêtes de la Chandeleur, mais on le trouva singulièrement changé et vieilli^. Semblable, lui aussi, à la lampe qui, près de s'éteindre, jette une plus vive clarté, le prélat parut bien recouvrer une partie de ses forces avec le retour de la belle saison, mais l'amélioration fut de courte durée.
Elle lui permit néanmoins d'entretenir avec le comte d'Angiviller, directeur des bâtiments du roi, une correspondance curieuse sur un objet de nature à intéresser les plus anciens souvenirs de la monarchie ^. Nous renvoyons, pour les détails très circonstanciés de cette affaire, au travail publié dans le Cabinet historique de 1876. Qu'il nous suffise, en ce qui regarde l'archevê •
^ BachaumoDt, 26 mai 1781.
' L^archevèque dut laisser au doyen Montagu le soin de bénir, après les vêpres du samedi saint, 14 avril, la chapelle et l'autel de Sain(>MarceI à Notre-Dame, pour la restauration desquels il avait offert de ses deniers 26,000 livres. Ce fut le chanoine Montjoyo qui célébra la sainte messe (Cf. Hardy, loc. cit.),
* Le directeur des bâtiments, jardins, académies et manufactures royales, était considéré comme ministre à Versailles. Le comte Charles-Claude de la Billarderie d'Angiviller, qui occupait ce poste en 1781, exerça, dit-on, sur Louis XVI, même en matière politique, une influence très grande. Il vit ses biens confisqués, dix ans plus tard, émigra successivement en Allemagne et en Russie, et mourut en 1810 dans la capitale du duché danois de Holstein.
404 SA LETTRE AU COMTE D*ANGÎVILLEÎl.
que, de résumer la question aussi succinctement que possible.
La vieille basilique de Saint-Denis offrait, à la fin du dernier siècle, Timage de l'abandon et de la ruine. En 1781, Dom Malaret, alors prieur de l'abbaye, jaloux de se signaler par quelque entreprise extraordinaire, résolut de pousser de tout son pouvoir à la restauration de la royale nécropole, afin d'ériger à la maison de Bourbon une sépulture plus digne de cette auguste race. L'idée était heureuse, mais le projet d'exécution trahit bientôt une pensée de véritable vandalisme. Dom Boudier, l'ancien prieur, consulté par l'archevêque de Paris, ne crut pas devoir dissimuler son opinion sur ce fâcheux déplacement des tombes royales qui devait forcément amener plus d'une mutilation à jamais regrettable.
Aussitôt le prélat d'écrire au comte d'Angiviller, pour l'aviser des objections sérieuses que soulève le plan proposé :
Gonflans, lo 3 juillet 4781.
Avant de répondre, Monsieur, à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, j'ai crû devoir prendre auprès des religieux de Saint-Denis des renseigneraens relativement à ce qui en faisoit l'objet, ainsi que j'ai déjà eu celui de vous le mander. Il en résulte que la maison n'auroit jamais songé à solliciter les changemens dont il s'agit, et qu'en général on verroit avec peine qu'on détruisît les anciens monumens, surtout les sépultures de nos rois dont les cendres mômes sont si dignes de nos regrets. Je vous avoue, Monsieur, que ce dernier motif en particulier a fait sur moi la plus grande impression, et je ne doute pas que votre cœur ne soit pénétré des mêmes sentimens. Cependant, si vous le désirez, je me transporterai moi-même à l'abbaye de Saint-Denis, et j'aurai l'honneur de vous faire part du résultat de ma visite.