TÉMOIGNAGES DE LA JOIE PUBLIQUE
là ces réflexions, curieuses à relire aujourd'hui, que le chroniqueur jeta le soir même sur le papier : « Le Parisien , qui avait beaucoup murmuré contre les nouvelles charges qui venaient de lui être imposées depuis la retraite du sieur Necker, oubliait tous les maux pour se livrer aux transports d'allégresse que lui inspiraient son patriotisme et son amour pour ses maîtres. On voyait la joie peinte sur toutes les physionomies, ce qui faisait dire assez hautement que, de tous les souverains de Tunivers, le plus heureux était incontestablement le roi des Français, parce que c'était incontestablement celui de tous qui pouvait faire le plus de fond sur Tamour, le respect et Tinviolable fidélité de ses sujets*. »
Par son mandement du 27 octobre, l'archevêque avait ordonné une procession générale pour célébrer « Theureux événement qui comblait les vœux de la patrie ». Cette procession eut lieu, le lendemain, avec une pompe inaccoutumée; on y compta toutes les communautés de la ville et des faubourgs, séculières et régulières, exemptes et non exemptes, « jusqu'aux Carmes déchaux qu'on ne se rappelait pas avoir jamais vus sortir^ ». Les réjouissances profanes furent remises au 21 janvier de l'année suivante ; mais déjà, par une de ces rencontres étranges qui ressemblent à des pronostics , d'ipfâmes placards étaient affichés dans Paris, annonçant que, ce jour-là même , Louis XVI et Marie-Antoinette, « conduits sous bonne escorte en place de Grève , monteraient sur un échafaud». Plus cruel que les conven-
1 Hardy, 23 octobre 1781.
» Hardy, 29 octobre 1781.