MORT DE CHRISTOPHE DE BEAUMONT
La mort arriva plus tôt qu'on ne l'attendait. Vers onze heures du soir, Christophe de Beaumont rendait à Dieu son âme vaillante. Il était dans la soixantedix-neuvième année de son âge et avait gouverné le diocèse de Paris pendant trente-cinq ans.
Le 13 décembre, à six heures du matin, la grosse cloche de Notre-Dame annonçait à la capitale ce douloureux événement. Ce fut alors un spectacle sans exemple que celui de trois mille pauvres, accourus de tous les quartiers de la ville, assiégeant les portes de Tarchevêché, redemandant un père à grands cris et témoignant, par leurs sanglots, de l'immense perte qu'ils venaient de subir. Grâce à ces indiscrétions de la reconnaissance publique, on apprit que ce n'était point seulement les hommes de la classe indigente qui perdaient en Beaumont un incomparable bienfaiteur. Il se trouva qu'il y avait plus dé mille ecclésiastiques et de cinq cents autres personnes, retirées dans des couvents ou des pensions, qui ne subsistaient que par les aumônes de ce charitable prélat. On racontait que l'assemblée du chapitre de Notre-Dame, prise de pitié en présence de ces malheureux dépourvus maintenant de tout secours, avait décidé d'implorer la pitié du roi, pour qu'il lui plût d'appliquer sur ses économats la subsistance de tant de gens honnêtes, jusqu'à ce que le plus grand nombre ait pu se pourvoir ailleurs ^
î Journal historique du 15 janvier 1782, p. 157. — Sur 600,000 livres de rentes que possédait l'archevêque, 500,000 au moins passaient aux pauvres. « On compte que, la dernière année de sa vie, ils ont eu de lui 1,100,000 livres, au moyen des 600,000 livres de son procès gagné, quMl avait abandonnées pour les hôpitaux. » {Bachaumont^ 16 décembre 1781.)