‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 307 sur 348 · QUALITÉS DU NOUVEL ARCHEVÊQUE · texte numérisé non relu

QUALITÉS DU NOUVEL ARCHEVÊQUE

Louis XVI, en parlant ainsi, s'était souvenu sans doute que, peu de temps auparavant, quand les infirmités de rarchevèque défunt firent penser à lui offrir un coadjuteur, Beaumont avait répondu : « J'en accepterai volontiers un, pourvu que ce soit M. l'évêque de Ghâlons; mais je n'en veux pas d'autre. » C'était nettement témoigner de la haute estime qu'il professait pour un prélat de fort bonnes, mœurs et d'une piété à laquelle rendaient hommage jusqu'aux adversaires de ses doctrines ^ On assurait même que Beaumont avait fait écrire avant sa mort, par l'abbé Godescard, son secrétaire, une lettre au roi pour le supplier de nommer Juigné au siège de Paris. « A quoi l'on ajoutait, dit le chroniqueur, que le même prélat avait, par une espèce de fidéicommis, fait déposer entre les mains d'une tierce personne, qu'on ne nommait point, une somme assez considérable pour être remise à son dit futur successeur, comme devant être employée à sui\Te les mêmes œuvres de charité envers les individus de la Société des ci-devant Jésuites, quHl avait portés dans son cœur jusqu'à son dernier soupir'^,

La faveur des gens de bien fit le meilleur accueil à ce choix caractéristique, et les sectaires ne purent 3e dissimuler qu'ils ne rencontreraient pas granc} crédit auprès du nouvel archevêque. « Ses principes , lisons-

runce de le voir succéder à Beaumont, « parce qu^ils savent ({ue le gouvernement méprise et craint ces BuUistes enthousiastes qui ne sont propres qu'à déshonorer la religion et à troubler la tranquillité de TÉtat ». (Nouvell&i ecclésiastiques de 1781, p. 92.)

1 « En outre très zélé Moliniste », ajouta un nouvelliste du temps, faisant allusion à l'ardeur avec laquelle Juigné, sur le modèle de Beaumont, avait autrefois embrassé la cause des Jésuites proscrits. {Bachaumont, t. XVIfl, p. 234.)

» Hardy, 28 décembre 1781.

JUIGNB CONTINUE BEAUMONT. 423

nous dans les Nouvelles à la main, sont les mêmes absolument que ceux de M. de Beaumont, et il y a grande apparence que ce sera la même administration* ». Ce fut la même, en effet, car Juigné affecta de ne faire aucun changement de personnes et de respecter jusqu'aux moindres dispositions prises par son prédécesseur^. Il adopta tous ses pauvres et favorisa toutes ses œuvres, jaloux de conserver, avec la même rigidité de principes, la même simplicité d'allures. On eût dit qu'il voulait réaliser, dans toute sa conduite, le portrait qui fut fait pour servir d'épitaphe à son noble prédécesseur :

A la seule équité Beaumont savait se rendre , A l'indigence il ne refusait rien :

Une âme forte pour le bien, Et pour le pauvre une âme tendre^.

Voici d'ailleurs en quels termes Juigné s'empressa de répondre, le 4 janvier 1782, aux félicitations du chapitre de Notre-Dame :

Je nai reçu, Messieurs, quhyer a mon arrivée la lettre que vous mavez fait Ihonneur de mécrire. Je suis pénétré de reconnoissance des sèntimens que vous voulez bien m'exprimer. Je partage bien sincèrement, Messieurs, toutte la douleur que vous ressentez de la

^ Bachaumont, 26 décembre 1781.

' On finit par le trouver aussi « jésuite» que Beaumont. Hardy remarque, à Toccasion du troisième carême de Beauregard à Notre-Dame, que Juigné « ne cessait de prouver en toute circonstance son attachement aux individus de la Société des ci-devant Jésuites, qu'il protégeait et soutenait pour le moins autant que feu HA de Beaumont, son prédécesseur, qui connaissait très bien sqs sentiments, quand il l'avait demandé de son vivant à la Cour pour coadjuteur ». (Cf. 1®' mars 1786.)

' Bachaumont, IG décembre 1781.

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