DÉFAILLAXCE DE LOUIS XV
que le roi abandonne les Jésuites, que cela est de concert, et qu'il n'a envoyé cet édit, assez mal conçu, que pour se rendre aux importunités de la famille royale *. » ÎjSl douleur de cette feimille, en eflfet, parut extrême. 4 Mais à quoi cela servira-t-il ? écrivait alors un Jésuite étranger, dans une lettre inédite que j'ai sous les yeux. Le roi se voit insulter en face .par son Parlement ; il le volt, il le souffre et il se tait ! vede, soffre^ iace. » Nous savons, d'autre part, que, sur les représentations qui lui en furent faites, ce prince aurait froidement répondu que le sort de ces religieux était désormais entre les mains du Parlement et qu'ils n'avaient plus qu'à « se conformer à ses décisions ^ ». Après quoi, « sans trop s'embarrasser de ce que cela deviendra », dit la chronique, le roi se mit tranquillement en route pour son château de Ghoisy et n'en revint que la veille du jour flxé pour l'exécution des arrêts ^.
Oh I comme on comprend que le dauphin, témoin do cette défaillance et de celles qui suivirent, n'ait pu s'empêcher, malgré son dévouement pour la Compagnie, de répéter à Christophe de Beaumont : « Il n'est pas nécessaire au royaume qu'il y ait des Jésuites; il est nécessaire qu'il y ait une autorité! » — L'autorité abdiquait, les Jésuites seront sacrifiés aux timidités du pouvoir.
Le l^' avril, sans plus de formalité, le Parlement faisait fermer leurs quatre-vingt-quatre collèges et tous les noviciats du ressort *. La cour ne voulut rien faire
i Journal t. VIII, p. 29.
» Gazette d'Utrecht, 9 avril 1762.
• Barbier (toc. cit.).
♦ € Voilà, écrivait un oratorien d'Orléans à son confrère de Paris , un
LA JOUKNÉE DU l*"' AVRIL. 39
pour suspendre l'exécution : élèves et novices furent congédiés sur Theure même.
« n y eut quelque émotion dans la ville de Lyon », dit le gazetier janséniste ^ Ce qu'il ne dit pas, c est la douleur des familles lyonnaises se pressant aux abords de la place du collège, investie de soldats depuis sept heures du matin jusqu'à une heure de Taprès-midi. « Tout le monde était dans la consternation, écrit un témoin oculaire ; nos ennemis mêmes déploraient notre sort. Nos pensionnaires ont demeuré jusqu'au dernier moment ; chacun d'eux ne voulait sortir de la pension que le dernier. Ils étaient tous en pleurs, et l'on ne pouvait les arracher de nos bras -. »
Nous supprimons des détails plus connus. On sait que les nouvelles désastreuses qui circulaient alors de la récente perte de nos colonies ne rencontrèrent qu'indifférence et froideur dans le public parisien, tourné tout entier vers la question des Jésuites. « L'évacuation du collège de Clermont, écrivait d'Alembert, nous occupe beaucoup plus que celle de la Martinique. » Et c'était pitié de voir les chefs du mouvement railler entre eux ces parlementaires tombant à bras raccourci sur des religieux inofifensifs. < Il faut les laisser faire, ajoutaient-ils ; tous ces imbéciles, qui croient servir la religion, servent la raison sans s'en douter ; ce sont des exécuteurs de la haute justice pour la philosophie, dont ils prennent les ordres sans le savoir. » Et d'Alembert
poisson d'avril de dure digestion pour les bénits Pères. Si les arêtes ne les étranglent pas tout à fait, elles les incommoderont furieusement. » [Bevw historique de 1880, p. 315.) |
* NouveUeê eeclésiasliquet ùq 1762, p. 166.
* Lettre du 3 avril 1762, écrite par le novice Banchero, qui se trouvait i alors, à titre de répétiteur, au collège des JésuiJes de Lyon. {AretUv. domest.) j