‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 314 sur 348 · A PROPRIIS INVITUS EXUL · texte numérisé non relu

A PROPRIIS INVITUS EXUL

Souvenirs du château de La Roque

(tome I, p. 4).

La famille de Beaumont garde précieusement, dans le château où il est né, plusieurs souvenirs qui se rattachent à la personne du grand prélat ou à ses œuvres.

On y conserve, en particulier, de magnifiques théières et un service complet en porcelaine de Chine, dont toute la vaisselle, marquée à ses armes, lui fut offerte au dernier siècle par la reconnaissance des missionnaires de la Compagnie de Jésus. Dans la chambre, dite « de l'Archevêque », on peut voir encore son fauteuil-lit, avec pupitre, qu'enveloppent à demi des rideaux de soie fanée, tombant d'un dais sans caractère. Le tout, panaché autrefois d'un plumet blanc, est surmonté aujourd'hui d'une simple pomme de pin.

On montre aussi les sceaux qui furent à l'usage de Christophe de Beaumont, ainsi que la fameuse montre de Madame Adélaïde, dont nous parlons au troisième chapitre du livre VII (tome II, p. 334). Mais je n'ai pu savoir ce qu'est devenu un autre souvenir , men-

APPENDICES. i3l

tionné en ces termes dans une petite brochure extmte de la Bibliothèque française :

a Louis XV lui donna (à Tarchevôque) une des trois médailles d'or, du poids de 59 louis chacune, qu'il venoit de faire frapper, au sujet de l'établissement de l'École militaire. Elle représente, d'un côté, l'efQgie du Roi; de l'auti^e, l'École militaire, avec cette inscription : Crescenti ad decus militiœ nohilitati (A la jeune noblesse, l'espérance des armes françaises). Il est plus que vraisemblable que la médaille dont nous parlons ici est la seule des trois qui existe; car il en fut jeté une dans les fondations de l'édifice, une autre resta entre les mains de Louis XV, et la troisième a passé, pai* succession, dans celles de M. Christophe-Marie de Beaumont-Baynac , filleul et petit-neveu de M. l'archevêque*. »

Dans les différentes pièces du château de La Roque, on remai*que plusieurs pastels de Quentin de la Tour et quelques toiles ou tableaux de famille, parmi lesquels nous pouvons signaler le portrait du prélat, celui de son neveu, le lieutenant de vaisseau, et le légendaire baron des Adrets.

Pendant les mois d'exil que l'archevêque de Paris vécut à La Roque, il s'occupa de répai'ations importantes. Une cinquantaine d'hectares de la vaste propriété furent enclos de murs ; cent cinquante hectares environ sont restés ouverts. Près de la plate-forme du chAteau on visite avec intérêt un superbe tilleul, appelé également « le tilleul de l'ai^chevêque », dont les bras énormes, horizontalement étendus à hauteur de siège, lui offraient, au retour de ses promenades, le repos préféré pour la récitation du bréviaire. La maîtresse-branche a cassé depuis longtemps ; une autre, non moins belle, semblait menacer toujours le piéton qui débouchait sur la terrasse, au sortir de l'étroit sentier montant que va rendre presque inutile un bon chemin carrossable. Le tilleul de Christophe de Beaumont pourra bien, dans quelques années, n'exister plus qu'à l'état de souvenir.

BiblioUièque françaùe (24» livraison, juin 1805).

La maison de Beauinont

(tome I, p. 5).

Originaire du Dauphiné, la maison de Beaumont, un des plus anciennes et des plus illustres de sa province*, a conquis dans les annales de notre pays une place qui n'est pas sans honneur. L'éclat des alliances contractées, le succès des négociations entreprises, l'importance des services rendus , l'habileté de ses légistes , les prouesses de ses hommes de guerre, parmi lesquels on aime à distinguer maints compagnons de la fortune et de la gloire du chevalier Bayard , leur parent *, tout, jusqu'à ce renom traditionnel d'une amitié de Beaumont qui vit encore dans les armes de la famille^, témoigne de la popularité dont elle a joui dès les temps reculés de notre histoire.

« Le premier sujet du nom de Beaumont dont l'existence soit connue par des monuments certains, a dit Brizard, est cet Humbert dont on trouve la souscription (en l'an 1080). au bas d'une charte du prieuré de Domène, ordre de Glugny, fondé par les Aynards dans la vallée du Graisivaudan *. » Depuis cette époque et pendant toute la durée du xi» et du xiio siècle, on ne rencontre guère dans les

* D'après les historiens du Dauphiné, « il n'en esl point qui la surpassent en ancienneté, il en est peu qui l'égalent, p

' On sait que le juge du fameux tournoi, publié par Bayard, fut Balthazar do Beaumont do Saint-Quentin.

* Voir, dans Wulson de la Colombière, les attributs des principales maisons du Dauphiné : Prouesse du Terrait^ loyauté de Salvaing , amitié de Beaumont.

*■ ff S'.gnum Umberti de Bellomonte. » (Cf. Histoire généalogique de la maison de Beaumont, t. I, p. 21). — Sans parler du chevalier Soffrey de Beaumont qui, lors des premières croisades, apporta, de la Terre-Sainte en France, les reliques des saints Côme et Damien, on compte, dans la même famille, plus d'un nom cher à la religion. La Grande-Chartreuse, la Chartreuse de Hugon , le prieuré de Domène, les églises de Grenoble , de Vienne, etc., fondés dans les x', xi« et xii^ siècles, rangeront toujours les seigneura de Beaumont parmi leurs premiers et plus généreux bienfaiteurs.

actes publics que des noms isolés pour lesquels nous devons renoncer à reconstruire les filiations interrompues. C'est en 1250 seulement, à partir d'Artaud de Beaumont, premier du nom, qu'il devient possible d'établir avec une régularité parfaite l'arbre généalogique de cette grande famille, qui va se distribuant en deux bi^anches principales, subdivisées elles-mêmes en plusieurs rameaux.

La première branche est celle des seigneurs de la Freyte, d'Autichamp, des Adrets et de Saint-Quentin. De cette branche est issu le rameau des seigneurs de Pellafol, Barbières, la Bàtie-RoUand et d'Autichamp. Nous n'avions rien à en dire au cours de cet ouvrage. . La seconde branche est celle des seigneui's de Beaumont-Montfort en Dauphiné, de Pompignan en Languedoc et de Peyrac en Quercy. Elle se partage en deux rameaux : celui des seigneurs de Pompignan et d'Auty, celui des seigneurs du Repaire et de La Roque. C'est à ce dernier rameau qu'appartient Christophe de Beaumont.

Nous avons rappelé (tome II, p. 379) le fait mémorable qui s'attachera perpétuellement au souvenir du « grand Amblard* ». Négociateur heureux, il s'était montré, dans l'affaire de la succession du Dauphiné, l'intelligent et fidèle auxiliaire de la France; les libéralités royales ne le frustrèrent point de la récompense légitime à laquelle il avait droit. Déjà , par letfres patentes de juillet 1343 , Philippe de Valois lui avait gracieusement fait don de six cents livres « pour considération des peynes et travaux que nostre amé et féal chevalier et conselier, Anblard, senneur de Beaumont, a euz et sostenuz ez traictés et accors faicz entre nous pour l'un de nos enfantz, d'une part, et pour nostre cher et féal cusin Humbert, dalphin de Yiennoys, d'autre part, sur la succession de son dalphineP ». En 1349, Charles de France, premier dauphin de race royale, s'était pareillement empressé de lui assurer la possession du château de Beaumont « en Trièves », et, deux ans après, le même prince confirmait cette donation en termes très flatteurs, par lettres datées du 16 juillet 1351.

• Pour le rôle d'Amblard de Beaumont et la part qu'il a prise aux divers trdités, voir un article de M. de Pétiguy {Bibliothèque de l'École des Chartes^ l'c série, t. I, p. 272) ; voir surtout lUmportant ouvrage d0 M. Guiffrey (Histoire de la réunion du Dauphiné à la France).

* Voir aux piôces juslificalîves de V Histoire généalogique (t. II, p. 287).

« Gonsideratione habita ad praedictura Dominum Amblardum Dominum Bellimontis, Militem , fidelem nostrum carissimum , qui circa translationem Dalphinatus in nos factam, a principio, medio et effectualiter in effectu , cunctis soliicitudinibus laboraverit , et nostris in his et aliis pluribus adhaerens obsequiis, se setaper exhibuit et adhuc exhibet promptiorem * » .

Ajoutons, avec l'auteur de la brochure citée dans la note précédente , que les sujets de la maison de Beaumont originaire du Dauphiné , alliée aux anciens comtes de Genève , de Savoie , aux dauphins et aux plus anciennes familles de France, n'ont pas moins honoré nos armes. L'histoire a pris soin de nous transmettre lets noms de Humbert de Beaumont, qui se distingua dans toutes les expéditions militaires du règne de Gharles VI, de Laurent de Beaumont de Saint-Quentin, de Balthazar et de Jean de Beaumont , ces dignes compagnons du chevalier sans peur et sans reproche, lesquels se signalèrent, sous les yeux de cç héros, dans les guerres d'Italie « et dans toutes ces occasions si brillantes pour la valeur française et si funestes à la France. »

Formule du serment prêté par les chanoines-comtes de

Lyon le jour de leur réception

(tome I, p. 34).

Audite, Ganonici sancti Stephani , comités Lugduni, et quotquot !

in hoc célèbre cœtu adestis. Ego hodie vestra insigni benignitate in I

vestrum illustre Gollegium recens adscriptus, vobis animi mei de- ï

missionem, fidelitatem et obedientiam, vestrisque antiquis, et quae postmodum, ut diversus temporum cursus postulavit, indictse sunt, et posthac indicentur, ordinationibus tanquam justis obsequentiam

1 La famille do Beaumont a, dans ses archives, l'origioal de ce traite précieux (Hist. généal., t. II, p. 288). Une minute en était conservée dans le dépôt de la chambre des comptes du Dauphiné.

protester, promitto ac Joro. Non ero consentiens ut ipsae Ecclesiae et terra?, quae nunc in ditionem vestram redactœ sunt, quaeque in posterum, Deo juvante, redigentur, a possessione et dorainfo vestro abstrahantur; neque ut quisquam in Ecclesiam admittatur, nisi prius fuerit canonice a Gapitulo institutus, ac in eodeni veram legitiiDam tum morum, tum etiani generis probationem ex usu vestro ediderit, Permutationem dudum factam inter Ecclesiam Lugdunensem et Comitem forensem, et compositionem olim factam inter Archiepiscopum et Gapitulum, per bonse memoriae dominos Gei^ai-dum episcopum Sabinensem et Benedictum sancti Nicolai in Garcere Tulliano, diaconum cardinalem : et compositionem factam ultimo inter bon% memoriae dominum Philippum regem Fi^ncorum et Ecclesiam Lugdunensem, constitutionemque domini Gregorii Papœ decimi , et statutum de certo canonicorum numéro editum , et alia statuta, et consuetudines Ecclesiae Lugdunensis, et etiam sententiam arbitrariam, nuper per dominos Abbates de Gruas et de Biscodon , tam super l'^formatione seu restrictione librorum praesentis Ecclesiae, quam super residentia pluribusque aliis controversiis inter Ganonicos subortis, latam, et a domino nostro Rege in suo consilio confirmatam inviolabiliter observabo. In nuUum Glericorum de corpore Ecclesiae manus violentas injiciam, vel in habitationem aut familiam ejus, et eleemosynam Ecclesiae, quantum ad me pertinebit, adimplebo. Sic me Deus adjuvet, et haec sancta Evangelia. Amen.

(Tiré du manuscrit sur vélin qui porte le n9 876 à la Bibliothèque de Lyon. — Catalogue Delandùiei 1334.)

Une fête à Louis-le-Grand eu 1747

(tome I, p. 133).

Nous donnons, sous ce titre, un fragment de Téloge adressé à Ghristophe de Beaumont, récemment promu au siège de Paiis, quand il honora de sa présence, pour la première fois, les séances littéraires du célèbre collège :

Ingredere, Aoniœ pandunt Tibi docla Sorores

Âtria, Musarum, Prfesul, adesto cboris.

To sibi poscit amans Musis addicta juventus,

Ambit et aspectus obsequiosa tuos.

Grandiloquos hinc suada Tibi depromere sonsus,

Hinc dulçes sensus promere geslit amor.

Hsec décora ingenii, ille gregis celebrabit amantem ,

Hœc To Palronum, Te canet ille Patrem.

Una tuos mores Virtus sectabitur, ilios

Scilicet una potest, quo decet ore, loqui. Interea meritos Urbs regia toUit honores,

Dignaque sunt tantsB prsBmia mentis, ait. Hoc Pastore, meis jam civibus emicat astas

Aurea, jam puros auguror ire dies.

Ipsa olim terras Virtus dura vera colebat ,

Non alio Virtus ore videnda fuit.

Egregios assueta viros jaclare, Vêtus tas,

Quid mihi quod possis prodere majus habes? Scilicet hos memoras quos extulit uuica Virtus ;

Una quoque hune Virtus extulit, una régit. Et longe hic superat meritos qui spernit honores;

Hos meruisse minus, quam renuisse, fuit.

{Bibliothèque Mazarine y 10371 R — n© 14.)

Une pièce de vers français, assez médiocres, fut offerte le même jour au digne archevêque. Il suffira d'en citer un court extrait :

Beaumont, sur vos talents et votre caractère, ,

Sur celte bonté populaire '

Qui par un prestige innocent Emporte do nos cœurs l'hommage volontaire ; Sur ce zèle éclairé, ce tendre attachement Au fidèle troupeau dont vous êtes le Père ; Sur cette fermeté que la douceur tempère ,

Et ce désintéressement *

Qui des grandeurs qu'il sacrifie

Foule aux pieds le faste imposant ;

Enfin, sur votre modestie

Contredite si justement Et si justement applaudie , Dans la France charmée il n'est qu'un sentiment.

{BibL Maz,y 10371 R — n» II.)

Affaire du P. Pichon

(tome I, p. 150).

Nous croyons devoir reproduire les trois pièces suivantes qui complètent Thistorique de raCFaire, relativement à l'intervention fort inattendue des héritiers du « grand » Arnauld^. Voici d'abord la lettre que le chancelier d'Aguesseau écrivit à Fabbé de Pomponne, pour lui donner un semblant do satisfaction :

Monsieur, j'ai eu Thonneur de rendre compte à Sa Majesté des plaintes que vous avez portées cautre plusieurs endroits du livre du P. Pichon , et elle m'ordonne de vous écrire que vous avez eu raison de lui demander justice des excès dans lesquels il est tombé en parlant de M. Arnaud, votre grand-oncle; mais que le P. Pichon, ayant lui-même condamné son livre, et le Père provincial des Jésuites, accompagué du P. Pérusseau, m'ayant déclaré que l'auteur vous assureroit par écrit, si vous le voulez, qu^l désavouoit et rétractoit quelques faits personnels et injurieux qu'il avoit avancés au sujet de M. Arnaud, dont il avoit reconnu depuis la fausseté ; que d'ailleurs, en combattant ses sentimens, son intention n'âvoit jamais été d'offenser une famille qu'il respecte, et encore moins une personne de votre caractère et de votre dignité; Sa Majesté a dit que vous avez lieu d*ôtre content, et d'autant plus que la révocation du privilège accordé pour Timpression du livre, et l'ordre que le roy m'a donné do retrancher du nombre des censeurs royaux celui qui Ta approuvé, achèvent de vous procurer la satisfaction la plus désirable pour vous, puisque c'est à Sa Majesté que vous en serez redevable. Vous ne doutez pas de la grande attention que j'aurai, sui-

*■ Voir l'article intitulé : Les dei'niers héritiers de la famille Arncuild, dans le Correspondant de tS46 (t. XVI, p. 842).

/i38 APPENDICES.

vnnt rintoDtion du roy, & empocher qu'on n'impriine plus de livres qui

(!onlieniiont des excès serabltibles. Vous savez à quoi point je suis, Monsieur,

voire très afTcctionnù serviteur.

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