‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 315 sur 348 · D'AGUESSEAU · texte numérisé non relu

D'AGUESSEAU

Versailloft, 13 février 1718.

Cette letti'c était, somme toute, un véritable triomphe pour l'abbé (le Pomponne ; mais, comme l'enveloppe portait ces mots, en forme (le Huscription — « Lettre secrète et très importante à M. Tabbé de Pomponne, doyen du conseil, chancelier des ordres du roy, à Paris » — celui-ci ne put longtemps se tenir de solliciter de la cour la permission de rompre, au moins pour ses amis, le mystérieux cachet. C'est ce qui paraît résulter de la lettre suivante , écrite par l'abbé lui-mémo, entre le 17 février et le 2 mars 1748, à l'abbesse de Maubuisson :

Mon aflUiro en question est heureusemenl terminée, à ma grande satisfaction, par les bontés et la justice du roi. 1» Sa Majesté a fait chasser M. do Marcilly, et déplacer Tapprobateur du livre et lui a retiré sa pension : punition exemplaire en pareille occasion, et qui fait grandbruit dans Paris; 2^ elle a fait supprimer par un arrêt du Conseil Ae privilège accordé pour ce méchant livre ; Z^ elle a ordonné à M. le Chancelier de m'écriro do sa part une gmndo et longue dépèche, qui porte en substance que Sa Majesté ayant su les plaintes que j'ai portées à ses pieds, après avoir retiré par ses ordres ma plainte portée au Parlement, ma satisfaction devoit être entière, puisque le P. Pichon s'étoit rétracté de la totalité de son livre, et que Mgr Parche- YiViue de Paris Tavoit condamné ; qu'elle s'étoit fait instruire, et avoil eu un écrit des Jésuites^ par lequel ils désa,vouoient les faussetés, les termes injurieux et tous les excès où s'étoit porté le P. Pichon, leur confrère, promettant qu'à Tavenir il ne paroitroit aucune chose semblable contre M. Arnauld, mon grand-oncle, auquel il porleroit honneur et à toute ma famille, à ma personne et à ma dignité. Cette dépèche est signée de M. le Chancelier, de la part du roi. il moi permis «Ceti faire tel Msage qu'il m« conviendra ei d'en distribuer dans toutes les brancKes de ma fatmille '; Sa Majesté entendant,

^ C^i œt fkux ; voir la lettre du chancelier.

' On ne voit rien de semblable dans la lettre du chancelier. D'ailleurs, s'il a ôl^ permis i fabbé de Pomponne de faire de celle lettre fW uta§e qui Un tK^viendrmU» à quoi bon cette permission spéciale d'en distribuer dans toutes l6K bramckes de sa fkmiUe? EnGn, sî cette permission, quelque restreinte

pour tout ce qui est dit ci-dessus, qu'il n'arrive rieu de semblable contre la personne de M. Ârnauld et contre sa famille. Je vous envoyerai la copie de cette dépêche, quand elle sera reiirée de chez le notaire, où elle est en dépôt. Cette satisfaction qui me vient de la part du roi m'est plus honorable que si les révérends Pères Jésuites des trois maisons étoient venus, comme je m'en élois contenté, me faire satisfaction chez moi. Ils n^avoient qu'à nier le fait, et je n'en aurois eu aucune preuve. Au lieu que cette lettre de M. le Chancelier est une pièce authentique, qui sera conservée dans toutes les branches de ma famille. Les cardinaux Rohan et Tencin, et M. de Mirepoix ont fait le diable à quatre. Mais Sa Majesté, malgré toute leur sollicitation, a bien voulu me donner des marques de sa justice et de sa bienveillance.

Il ne manquait plus à cette bienveillance que de la rendre publique. Les copies de la lettre se multiplièrent. C'était, à ce qu'il paraît, la seule publicité que la cour eût permise. Mais, soit que Pomponne la trouvât insuffisante, soit qu'elle parût telle à des amis du grand Arnauld, qui n'avaient rien à ménager avec la faveur, un jour la lettre parut imprimée sous ce titre : Le Triomphe de M, Arnauld, Grand fut l'émoi. Les auteurs mêmes des Nouvelles ecclésitistiques, ces oi'ganes violents du système janséniste, qui, depuis deux ans, poursuivaient à outrance le livre du P. Pichon, blâmèrent une semblable démarche. Alors intervint l'arrêt suivant :

Le roy ayant été informé qu'on répandoit dans le public un écrit intitulé : Le Triomphe de M. Arnauid, Sa Majesté auroit reconnu, par le compte qui lui en auroit été rendu, qu'on y avait eu la témérité de publier des faits qui s'étoient passez sous ses yeux, et même une lettre écrite par son ordre au sieur abbé de Pomponne, doyen de son conseil et chancelier de ses ordres ; ce qui auroit engagé cet abbé à porter ses plaintes au roy d'une impression faite à son insçu^ qui l'offensoit personnellement, autant qu'elle étoit contraire au respect qui est dû à Sa Majesté, et dont il la supplioit de ne laisser subsister aucun vestige ; que d'ailleurs le titre même qu'on a donné à cet écrit sufflroit seul pour faire voir manifestement qu'on avoit cherché à abuser d'une lettre qui n'avoitpour objet que la rétractation de quelques faits injurieux à la personne du sieur Arnauld, sans qu'il fût question de ses sentimens ; Tauteur, qui se rétractoit', ayant seulement déclafé sur ce point qu'en les combattant, son intention n'avoit jamais été d'o/ffrwcr la famille ni

qu'elle soit, a été accordée dès le principe, pourquoi enfermer sous enveloppe cachetée celle lettre secrète ?

la personne du sieur abbé de Pomponne^ ot que cependant on avoit voulu présenter au public cette rétractation comme une justification solennelle des senlimens du feu sieur Ârnauld, malgré la censure touf ours subsistante qu'ils avaient éprouvée de la part de la Faculté de théologie de Paris; en sorte qu'il étoit visible que ceux qui ont fait imprimer cet écrit n'avoient eu en vue que de troubler de nouveau la paix de l'Église. A quoi étant nécessaire de pourvoir, Sa Majesté étant en son conseû, a ordonné et ordonne que récrit qui a pour titre : Le Triomphe de M. Arnauld, imprimé sans privilège ni permission, sera et demeurera supprimé. Enjoint à tous ceux qui en ont des exemplaires de les remettre incessamment au greffe du conseil pour y être supprimez. Fait, Sa Majesté, très expresses inhibitions et défenses à tous imprimeurs, libraires, colporteurs ou autres... d'en imprimer, vendre ou débiter, ou autrement distribuer, à peine de punition exemplaire. Enjoint au sieur Derryer, maître des requêtes, lieutenant général de police dans la ville et banlieue do Paris, de tenir la main à Texécution du présent arrêt, lequel sera lu, publié et affiché partout où besoin sera. Fait au Conseil d'État du roy, Sa Majesté y étant, tenu à Versailles, le Î7 avril 1748.

Signé : PHELIPPEAUX.

Affaire du P. Berruyer

( toino I, p. 359).

Christophe de Beaumont ayant été accusé d'avoir favorisé sous main une édition clandestine de ['Histoire du peuple de Dieu, il peut être utile de reproduire une note concernant le religieux qu'on suppose s'être prêté à celte manœuvre. La seule manœuvre, dans toute cette affaire, est la calomnie janséniste elle-même.

Le P. Mathurin Le Forestier, ancien provincial de France, après avoir publiquement réprouvé VHistoire du peuple de Dieu, du P. Berruyer (en 1755), avait, dit-on, dans \e moment fatal (1761 où 1762), fait faire sous main une nouvelle édition de ce fameux ouvrage, au mépris de la condamnation qu'en avait portée le pape Clément XIII en 1758. C'est cette nouvelle édition qui aurait provoqué la censure que la Sorbonne publia en 1762 contre le P. Berruyer.

Cette narration , tirée des libelles de Tépoque, est erronée dans tous ses points ; voici la vérité : !<> De 1742 à 1762, il n'y a pas eu d'édition nouvelle et complète de V Histoire du peuple de Dieu^. Il est vrai qu'en 1753-1755 avait paru la seconde partie de Berruyer, ou V Histoire du Nouveau Testament ^ mais, au mois d'octobre 1753, les supérieurs des maisons de Paris signaient une déclaration dans laquelle ils protestaient hautement que cette publication avait été faite à leur insu et contre leur volonté. En 1757 parut enfin la troisième partie ou Paraphrase des Actes des Apôtres, que Clément XIII condamna en 1758. 2» Dès 1757, le P. Le Forestier avait quitté la France, et habitait la ville de Rome; et cependant les folliculaires jansénistes n'avaient cessé de répandre sur son compte les accusations les plus mensongères. Averti par le provincial de Paris, le Père général répondit, à la date du 5 août 1762 : « Il ne faut rien croire de tout ce qu'on dit , ou de tout ce qu'on écrit à Paris touchant le P. Le Forestier : « Qu'il n'aurait pas souscrit de « bonne foi à la déclaration publiée il y a plusieurs années par les « supérieurs de Paris. » Interrogé dernièrement, le P. Le Forestier a assuré qu'il était prêt à affirmer, par serment, que sa première déclaration était conforme à la vérité, et de plus, qu'il n'avait rien fait pour répandre l'ouvrage publié alors. 3» Une autorité encore plus auguste vient ici proclamer l'innocence du P. Le Forestier. C'est Clément XIII lui-même, dont les Jésuites auraient foulé aux pieds les censures. Dans un bref adressé aux docteurs de Sorbonne, le zélé Pontife les remercie des décrets qu'ils ont publiés contre plusieurs livres dangereux, entre autres, contre l'ouvrage de Berruyer; puis il les avertit avec bonté que la censure contre ce dernier ouvrage était peu opportune ; « que ce livre avait été déjà condamné par Benoît XIV, son prédécesseur, et par lui-même; et que depuis alors il n'était plus défendu ni recommandé par pereonne. » 4» Enfin, le roman des 50 mille francs donnés à Bordelet est de l'invention de la feuille ecclésiastique janséniste.

(Voir le volume supplémentaire de Clément XIII et Clément XIV par le P. de Ravignan, p. 194.)

I Du moins oq français, car une traduction italienne des deux premières parties fut imprimée à Venise, en 1766.

'1>^^PBB^|

Instruction pastorale de Christophe de Beaumont sur les atteintes données à Tautorlté de TÉgllse par les jugements des tribunaux séculiers dans Taf faire des Jésuites

(tome II, p. 71).

Ce document de premier ordre, qu'on a négligé (peut-être à cause de soii étendue) d'insérer dans le recueil des mandements de Tarchevêque de Paris* (2 vol. in-4o), méritait de trouver place au cours de l'histoire de ce grand prélat. Nous nous sommes contenté d'en donner plus haut une exacte analyse, avec deux ou trois fragments de l'exorde et de la péroraison. Maison nous saura gré de reproduire ici les principaux passages de cette œuvre magistrale, laquelle établit des vérités et résout des objections, au^^quelles de récentes polémiques donnent une actualité incontestable.

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