CINQUIEME QUESTION
K/i attcLquanl la doctrine îles Jésuiies, a-t^on bien saUi et présenté la suite
et l'ensemble de leurs livres ?
Le feu pape Benoit XIV, donnant des règles de conduite aux examinateurs du Saint-OfBce, disait dans la constitution que nous avons citée plus haut : « Nous les avertissons de bien faire attention, qu'on ne peut porter aucun jugement équitable sur le véritable sens d'un auteur, à moins qu'on ne lise entièrement son ouvrage; qu'on ne compare entre elles les choses qui sont placées en différents endroits; que,* de plus, on ne s^e soit appliqué à saisir le dessein général de Tauteur et le but qu'il se propose ; car on ne doit pas juger d'un écrivain sur une ou deux propositions tirées de l'ensemble de son ouvrage, ou considérée^ et examinées séparément des autres que le même livre renferme; parce qu'il arrive souvent que ce qu'un auteur aura avancé avec obscurité, et comme en passant, dans un endroit de son ouvrage, se trouve ailleurs expliqué avec tant de précision et de clarté, que le joui* qui en résulte dissipe les ténèbres de la première proposition (dont l'obscurité paraissait offrir un mauvais sens), et qu'ainsi cette proposition ne présente plus rien de répréhensible. »
Cet avis, dont la sagesse est si sensible, n'a point guidé les rédacteurs des Assertions dans le dessein qu'ils avaient formé de présenter
stmamÊ^mummmmaÊmamÊmmmÊÊm
la doctrine des Jésuites comme dangereuse et pernicieuse en tout genre; nulle sorte d'accusations ne leur a paru illicite. Ils auraient dû pénétrer la lettre et l'esprit des livres , en saisir le plan et l'ensemble, et le mettre sous les yeux du public. Nous convenons, M. T. C. F., qu'en suivant exactement cette règle, ils n'auraient encore trouvé, dans plusieurs de ces ouvrages, qu'un trop grand nombre de propositions très réprébensibles, et même très révoltantes; mais, au moins, ne se seraient-ils pas permis les infidélités que nous allons relever dans leur compilation. Nous n'avancerons rien que nous ne soyons en état de vous démontrer par des faits: tantôt ils ont tronqué les textes, ils en ont retranché des parties essentielles; tantôt ils les ont altérés par des citations défectueuses ou décousues; tantôt ils les ont pris dans des sens tout opposés à ceux des auteurs
N'allons pas plus loin, M. T. C. F., l'ouvrage que nous venons d'examiner peut causer tdkit de maux, que l'esprit est indigné et le cœur flétri par la lecture d'une collection si pernicieuse. C'est un tableau de vices et de crimes, qui apprend le mal à ceux qui l'ignorent, qui le présente à ceux qui le fuient, qui ménage des ressources à ceux qui l'enseignent, qui fournit des prétextes à ceux qui le commettent; c'est une école où l'on attaque les bons principes en prétendant les défendre, où l'on corrompt les mœurs en voulant les réformer, où l'on insinue le poison de l'erreur en montrant un faux zèle pour le dogme.
Telle est, M. T. C. F., l'idée que vous devez avoir du livre des Assertions. Vous avez vu les rédacteurs de ce recueil former les plus graves accusations contre un corps religieux, sur le fondement d'un système imaginaire d^unité de sentiments et de doctrine. Système chimérique dans l'invention, faux dans la supposition, impossible dans l'exécution, et contredit dans le fait par la seule diversité d'opinions qui régnent parmi ceux à qui on l'attribue.
Vous les avez vus remettre au jour des horreurs qu'il aurait fallu laisser dans les ténèbres profondes où elles étaient ensevelies, traiter des matières propres à souiller l'imagination et corrompre le cœur.
Vous les avez vus rassembler un grand nombre de textes, comme pour semer l'alarme dans le champ du Seigneur, et reprocher aux
premiei-s pasteurs d'avoir laissé entrer l'ennemi dans Théritage de Jésus-Christ, tandis que le Saint-Siège et le corps épiscopal n'ont jamais cessé de veiller à l'intégrité de la foi et à la pureté de la morale.
Vous les avez vus confondre des sentiments qu'on agite librement dans les écoles catholiques, avec des opinions qui en ont été légitimement proscrites; metti*e au nombre des erreurs plusieui-s assertions, dont les contradictoires ont été condamnées par le Saint-Siège et par les évêques de France.
Vous les avez vus traduire si mal les textes dont ils faisaient la base de leurs accusations, qu'on ne peut les excuser qu'en disant, avec saint Jérôme « qu'ils ont rendu les choses, non comme ils les ont trouvées, mais comme ils les ont entendues ^ »
Vous les avez vus changer des mots et des noms, supprimer des autorités, rapprocher des textes séparés, isoler des matières liées ensemble.
Vous les avez vus enfin manquer à l'équité, en confondant les auteui^ anonymes avec les écrivains avoués par la Société; en renversant l'ordre des teinps, pour ne laisser aucun vide dans leur tradition imaginaire ; en mettant au nombre des régicides une multitude de Jésuites qui n'ont pas même traité les questions relatives à cette matière.
Or, M. T. C. F., un ouvrage entrepris sans nécessité et compilé sans exactitude, un ouvrage où l'on a violé toutes les règles de l'impartialité, de la vérité, de l'équité; un ouvrage en un mot qui rassemble presque tous les traits de tant de libelles que les parlements ont flétris, comment a-t-il pu servir de fondement à la proscription des Jésuites?
Non, M. T. C. F., le corps des Jésuites français n'a pas enseigné, soutenu et publié ces assertions dangereuses et petmicieuses en tout genre dont on les accuse ; et pour emprunter ici les expressions des évêques assemblés en 1761, « ce n'est point dans. les libelles qu'on doit chercher la règle des jugements qu'on porte sur ce qui regarde ces religieux. Le silence que nous avons gardé vis-à-vis de pareilles
1 Scribunt non quod invouiunl , sed quod intelligunt. (Hier, ad Luc Epist. 52.)
rï. j
accusations est lé sûi* garant que c'est à tort qu'on impute aux Jésuites la doctrine abominable {que les rédacteurs leur attribuent). L'enseignement que les Jésuites font dans nos diocèses est public , disaient encore les mêmes prélats; des personnes de tous états et de toutes conditions sont témoins de ce qu'ils enseignent... Qu'on interroge ceux qui ont été élevés dans leurs collèges, qui ont fréquenté leurs missions, leurs congrégations, leurs retraites; nous sommes persuadé qu'on n'en trouvera pas un seul qui dépose qu'il leur ait entendu enseigner quelque doctrine contraire à la sûreté du souverain et aux maximes du royaume^ ».
Tel est, M. T. G. F., le témoignage authentique que ces prélats ont rendu à la doctrine des Jésuites de France; témoignage d'autant plus respectable qu'au suffrage de la nation, qu'ils réclament en leur faveur, il réunit le jugement de l'épiscopat sur un objet qui est essentiellement de sa compétence. Le livre des Assertions doit-il donc, peut-il même en contre-balancer le poids, ou en diminuer la force?
Nous vous l'avons déjà dit, M. T. G. F., et nous ne nous lassons pas de vous le répéter : dans cette compilation immense d'assertions et de censures, il se trouve des propositions très répréhensibles et des condamnations très légitimes. Vous ne sauriez avoir ni trop d'horreur pour les premières, ni trop de respect pour les autres ; mais vous ne devez pas moins vous défier de l'ouvrage des rédacteurs, puisqu'il est démontré qu'ils ont confondu avec des erreurs , non seulement des sentiments que l'Église permet dans les écoles , mais encore des vérités qu'elle a décidées.
Prêtres du Dieu vivant, nos coopérateurs dans le saint ministère , nous sommes très persuadé que votre zèle ne cessera de conspirer avec le nôtre, pour préserver les fidèles de la contagion de ces maximes détestables, en retirant de leurs mains une compilation dont la lecture n'offre que des écueils à la vertu et des amorces au crime.
^ Ami des évéques de France sur l'utilUéf la doctrine, la conduite et le ré" gime des Jésuites de France^ p. 18 et 22.