‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 38 sur 348 · RÉPONSE ÉVASIVE DU ROI · texte numérisé non relu

RÉPONSE ÉVASIVE DU ROI

autorité même l'exige, et nous faisons profession d'être aussi jaloux de ses droits que des nôtres *.

Nos lecteurs sont trop accoutumés aux défaillances de Louis XV, pour s'étonner que le roi ait simplement répondu « qu'il aurait égard aux plaintes du clergé, autant que les circonstances actuelles pourraient le lui permettre » ; mais jamais ce monarque n'avait prononcé de paroles plus décourageantes que celles qu'il fit écrire aux évèques, trois jours après, par le comte de Saint-Florentin. Après avoir dit que Louis XV ne jugeait pas à propos de donner sur l'affaire des Jésuites « une réponse précise et positive », le ministre concluait en ces termes tristement significatifs :

Sa Majesté pense que, pour parvenir plus efficacement à ses vues, il est nécessaire que l'Assemblée s'en tienne à ce qu'elle a fait, crainte que des démarches ultérieures de la part du clergé, sur cette matière, ne fussent contre l'objet qu'il se propose en faveur des Jésuites ^.

Si décourageantes, je le répète, qu'aient été ces paroles, l'Assemblée n'en persista pas moins à prier l'archevêque « de continuer auprès du roi ses sollicitations » pour la cause de ces religieux ; mais il devenait de plus en plus évident que la cour renonçait à les défendre et

1 Procès-verbaux, p. 159-166.

^ Ibid., p. 192. — Nous lisons, dans la correspondance de Galiani, que l'archevêque do Narbonne étant allé tâter le terrain au ministère, quelques jours auparavant, il lui avait été répondu que « le roi ne serait pas embarrassé par cette démarche des évèques, car il avait la réponse toute prête. ^ Choiseul et Saint-Florentin ne lui dissimulèrent pas, d'ailleurs, que « le roi avait compté sur une plus grande docilité de leur part , et sur plus d'empressement à faire ce qui leur avait été suggéré, à savoir, de ne traiter dans TAssemblée que ce qui avait trait au don gratuit. » (Lettre à Tanucci^ 14 juin 1762.)

LETTRE DE l'ÉVÊQUE d' AMIENS. 49

hésitait à les sauver. Le bruit courut en province que les nouvelles démarches de Beaumont lui avaient attiré un nouvel exil. Ce bruit n*était que prématuré, et Mgr de la Motte se hâta de rassurer à ce sujet le confident habituel de ses peines. « Je n'ai pas ouï parler qu'on ait fait la moindre chose à M. Tarchevèque de Paris, » dit-il, mais en même temps il laisse tomber de sa plume ces lignes désolées qui en disent long sur une situation douloureuse :

« Ce qui arrive aux Jésuites est un événement si extraordinaire que les parlements eux-mêmes en sont étonnés ; ils n'auraient jamais pu se persuader que le roi leur laissât faire tout ce qu'ils ont fait. Je crois que si ce malheur se consomme, on verra en France ce qu on a vu chez les Israélites pour la tribu de Benjamin : ils la détruisirent avec acharnement et la pleurèrent ensuite très amèrement. Nos Jésuites d'Amiens sont plus maltraités qu'ailleurs ; ils n'enseignent plus et on leur a substitué qui on a voulu ; et de plus on les obligés à vider leur maison pour se retirer à une maison qui leur appartient et tient à leur église qu'ils ont encore à leur disposition. Ils y sont misérablement. Tout est séquestré et scellé. Ils y attendent ce qu'on leur voudra donner pour vivre... J'ai pris chez moi le P. Patouillet... Vous avez vu la lettre de Mgr l'évêque du Puy, imprimée à Paris, et l'avis de notre belle et nombreuse Assemblée. Le P. Neuville nous dit à Paris que cet avis serait Tépitaphe de la Compagnie en France, car il la regardait déjà comme perdue dans le royaume, dès lors que le roi n'y prend aucun intérêt '... »

i Lettre à Dom Malachie, abbé de la Trappe (2oe. cit.).

BBAUMONT, II. 4

où DÉMARCHE AUPRES DU DAUPHIN.

En apprenant l'inutilité des nouvelles démarches de Beaumont, le pape écrivit à l'évèque de Valence, le 23 juillet, un bref qui se distingue de ceux dont Clément XIII honorait alors les défenseurs de la Compagnie, par la vive appréhension qu'il manifeste de voir les « nouveaux maîtres » insinuer désormais un venin doctrinal au cœur de la jeunesse des écoles. Aussi ne lui reste -t -il qu'à supplier le Dieu de miséricorde « de regarder d'un œil propice le royaume de France et la religion, qui s'y trouve dans le danger le plus imminent^ ».

Milon s'empressa d'en conférer avec l'archevêque de Paris, qui déclara n'avoir plus d'espoir, auprès du roi , que dans une intervention vigoureuse du dauphin. Bien qu'il ne comptât que médiocrement sur cette dernière chance de salut, Beaumont partit pour Versailles à l'heure même et, la mort dans l'âme, mais dominant son émotion, il conjura le fils de Louis XV de tenter un suprême effort. Le dauphin ne demandait pas mieux que de revenir à la charge dans le conseil royal ; mais pouvait-il se dissimuler qu'il risquait fort de se compromettre en pure perte, sans réussir à sauver les Jésuites? Sa religion, toutefois, lui faisant un devoir de parler, ce prince , qui craignait de mettre dans l'affaire plus d'éclat que de prudence, se réserva de consulter l'évèque de Verdun, son confident intime, sur un point délicat qui touchait de près à cette grave question.

« J'ai vu hier notre pauvre archevêque, toujours tranquille et tourmenté», mandait-il à Mgr de Nicolaï, dans une lettre secrète qu'il lui fit passer par des mains

1 Archives dit Ge«jV (Colleclion Val. Gonz.).

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