‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 43 sur 348 · LE PARLEMENT LE CONDAMNE · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT LE CONDAMNE

plot imaginaire venait donc de s'évanouir, mais l'orage éclata du côté où Jean-Jacques était bien éloigné de l'attendre.

Le 9 juin 1762, sur le réquisitoire de Joly de Fleury, un arrêt du Parlement condamne au feu ce « bréviaire des jeunes mères » qui n'allaient bientôt plus allaiter leur nouveau-né que Y Emile à la main. L'auteur, décrété de prise de corps, n'échappera lui-même à la prison que par la fuite. On s'étonna des sévérités de la magistrature, moins farouche, disait-on, à l'endroit d'autres écrivains plus coupables encore et non moins dangereux. Voltaire affecta de se rejeter sur la maladresse de Rousseau qui avait eu la naïveté de signer son livre, pratique en désaccord avec les usages et les maximes de la philosophie. « Il ne faut jamais, rien donner sous son nom, écrivait alors ce fanfaron d'hypocrisie et de mensonge : je n'ai même pas fait la Pucelle, Maître Joly de Fleury aura beau faire un réquisitoire, je lui dirai qu'il est un calomniateur, que c'est lui qui a fait la Pucelle qu'il veut méchamment mettre sur mon compte *. »

L'archevêque de Paris vit plus clair dans l'intrigue. Cet empressement des magistrats à condamner un livre — dangereux sans doute, mais qui ne l'était pas plus que cent autres qu'on laissait circuler en liberté — lui persuada que le Parlement avait jugé nécessaire, pour mieux frapper les Jésuites, de faire montre d'un grand zèle à l'égard de la religion, en cherchant à témoigner qu'il était meilleur chrétien que les soi-disants défenseurs de l'Église.

1 Lettre de Voltaire à Helvétius, 13 août 1762.

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