CHARITÉ DE BEAUMONT A LEUR ÉGARD
Ornnes suo in palaiio excipe^^e^ omnes fovere voluisset y est-il dit de Beaumont dans une lettre adressée au P. Ricci par un homme étranger à la Compagnie de Jésus, mais jaloux dexprimer à sa manière le sentiment d'admiration que la noble conduite du prélat excitait chez les gens de bien. Qu'on me permette de traduire encore quelques lignes de ce témoignage inédit de Tabbé de Caveirac, à qui ses écrits apologétiques en faveur des Jésuites vont bientôt coûter Texil. Sa fuite seule le sauva du carcan*.
« Je ne puis garder le silence , mon très révérend Père, ni sur le dévouement dont vient de faire preuve notre saint archevêque de Paris au milieu de la tempête qui frappe vos religieux, ni sur les grandes obligations que lui doit votre Société tout entière. Jamais sollicitude plus active que la sienne aux heures du péril ; jamais plus touchantes marques d'affection, jamais empressement plus délicat à se faire bien venir de tous et de chacun. D fallait le voir parmi eux , consolant les uns par d'obligeantes paroles, s offrant de lui-même au service des autres , se manifestant à tous comme le meilleur des pères, ou plutôt comme le frère le plus aimant^. »
En citant ce court passage d'une longue lettre, j'ai vraiment regret à ce que je dois laisser , car on y eût
^ Ce fui comme auteur de VAppel à la raison des écrits et liMles publiés par la pcLssion contre les Jésuites de France^ que Caveinic fut condamué au carcan et au baunissement à perpétuité. On ne pouvait faire moins pour se venger de ce que M. Charles Nisard appelle une « véhémente et spirituelle invective ».
' « Videre erat illum... aliis verba consolantia grata voce dicentem, aliis se ultro largientem, omnibus denique se patrem optimimi, imo se fratrem amanlissimum prœstantem. » (Lettre du 11 décembre, datée de Nancy où Caveirac s'était réfugié.)
66 Admiration qu*il excite.
surpris plus d'un trait caractéristique de raménité de Beaumont et de cette douceur charmante qui savait mettre à Taise près de lui jusqu'aux natures les plus timides... Ea Uberlate, quant omnibus ^us charitas, quam vel (imidissimis ejus mansuetudo ingenet^at.
Je dois dire que le bon abbé en prend occasion de s'étonner que le Souverain Pontife, si fidèle à soutenir de ses encouragements les autres évêques de France , parût négliger de tenir compte à l'indomptable prélat de sa fermeté persévérante dans la défense d'une cause désespérée. Peu s'en faut qu'il ne se scandalise de ne point voir un chapeau de cardinal récompenser tant de vertu , comme si Beaumont ne s'était pas défendu , à diverses reprises, d'un honneur que certains hommes eussent voulu lui faire acheter au prix d'une faiblesse. Nous verrons bientôt, d'ailleurs, que le pape estimait à son vrai mérite ce champion des libertés catholiques dont un philosophe a pu dire qu'on ne lui reprochera « ni d'avoir été au combat lorsqu'il n'y avait rien à craindre, ni de s'y être traîné à la suite des autres * ».
Pour le moment, l'intrépide Clément XIII se bornait à s'élever avec vigueur, dans le consistoire secret du 3 septembre, contre la sentence dont les magistrats de Paris avaient frappé la Compagnie de Jésus, calomniant ainsi et réprouvant « un Institut pieux, utile à l'Église,
ï Lettre à .1/*'*, conseiller au Parlement fte ***, par d'Aleniborl. Celte lettre est une sorte de supplément à lu brochure do ce pUilosoplie sur La destruction, des Jésuites en France. — C'est calomnier indignement un prélat si désinléin)S3é que do répéter avec le journal seclairo : « M. rarchevèque de Paris, cet homme qui affiche tant de rigidité sur les règles, en est à son Iroisième siège; et Siins doute que pour le bien dos Jésuites, qui sont pour lui rÉglise, la patrie et tout, U eonsentirait bien à monter encore plus haut. » (N» du 3 avril t76ô, p, :>8.)