LA GUERRE SANS MERCI
là la lettre de cachet inutile *. » Trois conseillers, Ghauvelin, Terray et Laverdy, « jansénistes furibonds, » dit Theiner, sont aussitôt délégués pour examiner ces constitutions formidables; et tel était réchauffement des esprits, au sortir de la réunion, qu'on ne se cachait pas pour déclarer une guerre à mort. « Le Parlement sera anéanti ou les Jésuites périront. Eux ou nous ! »
Voltaire proposait un moyen plus radical. On en a fait honneur à d'autres : restituons-lui son bien. « Est-ce que, écrivait-il alors à Helvétius, la proposition honnête et modeste d'étarangler le dernier jésuite avec les boyaux du dernier janséniste ne pourrait amener les choses à quelque conciliation^? > L'expédient lui plaît : il y revient avec complaisance. « On accuse les Jésuites, et on fait bien ; mais on laisse dormir les jansénistes, et on fait mal : il. faudrait, pour saisir un juste milieu, et pour prendre un parti modéré et honnête, étrangler l'auteur des Nouvelles ecclésiastiques avec les boyaux de frère Berthier ^. » On ne saurait être plus tolérant.
Il me répugne de me ranger à l'avis de ceux qui pensèrent que Louis XV avait trempé dans le complot du Parlement. Je crois à la mollesse de son caractère et à l'indolence de son esprit, je ne crois point à des pratiques machiavéliques de sa part. Trop jaloux de son voluptueux repos pour se risquer à imposer sa volonté, il essaya encore de l'une de ces demi-mesures qui ne sont bonnes qu'à tout compromettre.
Une - commission composée de Gilbert des Voisins, Feydeau de Brou, d'Aguesseau de Fresne, Pontcarré de
ï Journedy t. VII, p. 371. > Lettre du 11 mai 1761.
' Lettre du 8 août à Le Kain.