LE MANDEMENT DE FITZ-JAMES
dont € rhonnêteté » de Voltaire elle-même fut choquée, et que Theiner appelle € un vrai cloaque de mensonges ». En condamnant ce recueil, qu'il semble regarder comme une preuve authentique des odieuses maximes que les Jésuites n'auraient cessé d'enseigner avec l'approbation de leurs supérieurs, Tévêque affecte de ne faire aucune réserve, ni pour ceux de ces extraits qui contenaient une doctrine irréprochable, ni pour ceux qu'une main ennemie avait perfidement dénaturés.
S'il faut en croire la chronique, toujours un peu suspecte, Fitz-James, avant de lancer son brûlot, aurait eu « la déférence » de prévenir l'archevêque de Paris, non sans lui rappeler sa promesse d'écrire lui-même quelque chose sur cette matière. — « Il vous convient de marcher le premier, aurait-il dit avec une pointe d'ironie, et je n'ai qu'à suivre vos traces. » Et Beaumont de répliquer : « Allez toujours devant. Monseigneur, nous ne marchons pas sur la même ligne *. »
Quoiqu^ilen soit, Imstruction pastorale de Fitz-James causa un tel esclandre, que le pape dut la ftapper de condamnation, en dépit des fureurs de la secte qui déchaîna aussitôt contre ce décret de l'Inquisition toutes les colères des cours de justice. Le Parlement de Paris eut le triste courage de déclarer abusif l'acte de Clément XIII et d'en ordonner la suppression. Plusieurs prélats descendirent alors dans l'arène, à la suite de Fontanges de Lavaur, de Montmorin de Langres et de Caulet de Grenoble ^ ; mais, selon le mot de Theiner,
i Bachaumont (10 janvier 1763).
' « J'ai pris de nouveau la défense de la meilleure de toutes les causes, écrivait l'évêque de Grenoble au P. Ricci. Je vous offre un exemplaire de mon ouvrage, avec autant de plaisir que j*en ai eu à le composer. Je vous
l'archevêque entre en lice. 69
€ ils furent tous laissés en arrière par rarchevêque de Paris », qui jeta enfin dans la mêlée son mandement célèbre du 28 octobre 1763.
L'importance de ce document magistral, le retentissement qu'il a eu dans l'histoire de cette époque, la place exceptionnelle qu'il mérite d'occuper parmi les pièces du procès des Jésuites, tout nous fait un devoir de donner une analyse,, assez étendue, de ce grand acte dans lequel l'Athanase français traduisit au tribunal de sa conscience de magistrat ecclésiastique ces juges séculiers qui, du haut de leurs sièges, espéraient forcer lo pouvoir spirituel « à n'être plus que le commissaire de police morale du pouvoir temporel * ».
Un homme d'État racontait, en 1844, qu'ayant eu la curiosité de lire cette Instruction pastorale, il fut singulièrement étonné de retrouver, dans les accusations réfutées au.xvin* siècle par l'illustre prélat, les mêmes calomnies que propageaient de son temps les chaires du Collège de France et ce qu'il appelle « la presse radicale soi-disant conservatrice ». Ayant alors placé sous ses yeux, d'une part, le libelle récemment publié par Quinet et consorts, de l'autre, le pamphlet jadis condamné par Beaumont, il constata que les deux factums se trouvaient confondus d'avance, page par page, dans le célèbre écrit du grand archevêque. « Les calomniateurs modernes n'avaient donc pas eu même le mérite de l'invcyation, et pour faire justice de leurs accusations.
souhaite une nouvelle aunée, accompagnée de consolations propres à dédommager Votre Révérence de toutes les peines et de toutes les arflictions que vous avez eu à essuyer dans les précédentes. » (Lettre du 25 décembre 1762. — Arekivet du GetU.)
1 Clément XIV tt les Jésuites, par Grétineau-Joly, p. !58.