VALEUR MORALE DE L INSTITUT
Or, les jugements portés contre les Jésuites de France par des magistrats séculiers sont le renversement de tous les principes admis sur cette matière, car on n*a pas frappé en eux d'autre crime que les prétendus « vices » de leur Institut : Institut approuvé par dixneuf papes, déclaré « pieux » par un concile œcuménique, loué par les plus saints et les plus doctes personnages des deux derniers siècles; Institut auquel le clergé de France rendait naguère un témoignage « aussi solennel que glorieux », et* qui força plus d'une fois l'admiration des hérétiques eux-mêmes, et de maint autre adversaire de la Compagnie.
Une objection se présentait. Si tel est le mérite de l'Institut de saint Ignace, comment a-t-il pu se faire que presque toutes les cours supérieures d'un grand royaume l'aient réprouvé comme « plein d'impiété et d'abus »f
L'archevêque de Paris répond en prenant une à une les diverses charges, et en montrant, dans un précis substantiel des constitutions, ce qu'il faut penser du faste qu'on reproche au titre même de Compagnie de Jésus, du soi-disant mystère dont la Société s'entourerait, voire de l'odieux système d'espionnage qu^elle exercerait envers ses membres. Il rétablit le sens vrai des règles mal comprises, et discute longuement la question délicate des « privilèges » concédés par les Souverains Pontifes, privilèges qui ne sauraient être d'une autre nature que ceux accordés de tout temps aux divers ordres religieux, et dont les constitutions elles-mêmes recommandent d'user « avec prudence et modération, dans Tunique dessein de procurer le salut des âmes ».
74 LE VŒU d'obéissance.
Deuxième partie. — Après avoir ainsi rendu pleine justice à rinstitut de la Compagnie, Christophe de Beaumont s*occupe de battre en brèche les inculpations qui allaient à l'adresse des engagements contractés dans son sein.
Cette discussion, un peu abstraite par la nature même du sujet, roule sur l'incompétence de la magistrature séculière pour annuler des vœux où cette magistrature n'a rien à voir. Elle s'anime peu à peu dans une argumentation serrée qui réduit à néant la prétendue incompatibilité des engagements du jésuite avec la loi .naturelle, le repos des familles et les droits des souverains. Mais le principal intérêt de la controverse porte sur le célèbre vœic d'obéissance, vœu d'autant plus calomnié par les adversaires qu'ils l'ont toujours entendu fort mal et plus mal encore interprété *.
Rappeler à ce sujet les sentiments de tous les patriar-
^ L'habitude ne s'en psrd pas de nos jours. Sons ce rapport toutefois, je nu connais rien de plus singulier que la bévue dont M. de Pressensé a été victime dans un de ses derniers livres. La règle de Vobéissance veut que le jésuite n'ait « rien do caché pour son . supérieur , pas même sa propre conscience :». Voici le texte : Nihil et claumm, ne conscientiam quidem propriant tenendo. Rien de plus sage assurément, rien de plus conforme à la saine pratique de toute société religieuse bien ordonnée.
Or, il advient que M. de Pressensé, après avoir traduit , par un contresens bizarre égayé d'un non-sens : Ne retenant point votre conscience propre {! ?), s'échappe aussitôt à jeter cette exelamation vertueusement indignée : « Ce mot effrayant se lit en toutes lettres dans les Institutions (sic). Étonnons-nous après cela si l'immoralité sera franchement acceptée comme un moyen de servir Dieu I » {La liberté religieuse en Europe depuis 1870, p. 14.) — Il faut convenir que la méprise est plaisante... et l'indignation aussi. Mais M. de Pressensé tient à sa bévue, car il se répète dans un article récent intitulé : L' Ultramontanisme et l'État. Interprétant à sa fantaisie « la casuistique des révérends Pères >, il dit, au sujet de la conscience : « L'écouter serait la pire des hérésies, puisque ce serait substituer l'autorité intérieure à l'autorité extérieure; aussi lit-on en toutes lettres dans les Institutions ce mot décisif : Ne conscientiam propriam, tenendo. » (Cf. Revue politique et kttéraire du 8 mai 1880, p. lOGO.)