‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 57 sur 348 · PÉRORAISON TOUCHANTE · texte numérisé non relu

PÉRORAISON TOUCHANTE

Une tristesse profonde s'empare de notre âme, une douleur amère déchire nos entrailles. Nous nous rappelons cette multitude de dignes ministres exposés à la vexation des décrets et des procédures, dispersés, proscrits par la rigueur des jugements et des sentences, pour avoir suivi, dans la dispensation des choses saintes, les lois du ministère ecclésiastique et les ordres du premier pasteur. Ce n'était pas sur eux, c'était sur nous que devait fondre l'orage. On les frappe néanmoins, et on nous épargne ; ils sont victimes des saintes règles, et nous ne sommes que témoin de leur Sacrifice. Si nous nous intéressons tendrement à leur sort, nous l'envions encore davantage ; et à quel prix ne rachèterions-nous pas leurs disgrâces pour les en délivrer en les subissant nous-méme?...

Qu'ajouterions-nous ici. Mes Très Chers Frères, pour faire connaître nos dispositions à l'égard d'une société religieuse qui éprouve aujourd'hui tant de contradictions?... Dans l'état de souffrance où ses membres sont réduits , nous regardons leur sort comme très heureux, parce que, aux yeux de la religion, il est infiniment précieux de n'avoir rien à se reprocher au milieu des tribulations qu'on essuie. Nous savons que, dans la défense de la vérité, le zèle épiscopal doit toujours respecter les règles de la modération et les droits de la charité. Aussi Dieu nous est témoin que rien n'égalerait notre amertume, si nous avions donné lieu à quelque mécontentement légitime.

Le témoignage que nous rend notre conscience est le fondement de la tranquillité dont nous jouissons ; et nous avons cette confiance, qu'avec le secours du Seigneur, rien ne sera jamais capable de l'altérer. Nous avons appris de lui à craindre plus Dieu que les hommes, et nous dirons toujours, après le grand Apôtre, que nous nous sacrifierons volontiers pour les fidèles confiés à nos soins ; que nous ne ferons jamais plus de cas de notre vie que de nous-même, c'est-à-dire que de notre âme et de notre salut ; qu'enfin il est une paix que nous préférons à tous les biens, paix ineffable et qui surpasse tous les sentiments, paix que l'on goûte au milieu des croix, des traverses et des souffrances.

On peut aisément se figurer avec quels élans de joie les lidèles enfants de l'Église accueillirent cette prêtes-

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tation géuérouse, dont on a dit qu'elle n'était pas seulement le plaidoyer le plus complet et le plus éloquent qui eût été publié en faveur des Jésuites , mais encore un des monuments les plus précieux qu'eût produits depuis longtemps la science canonique. L'oracle des incrédules essaya bien tout d'abord de verser le ridicule sur ce qu'il appelait dédaigneusement « la petite drôlerie de l'hiérophante de Paris * » ; mais le Parlement, qui se rendait mieux compte de la portée du grand acte épiscopal,- jura de faire expier à Beaumont cette fière revendication des droits méconnus. N'ayant pu réduire les évêques au rôle de pasteurs muets, les magistrats ne s'en montraient que plus irrités de voir l'intrépide pontife prendre si haut la défense de gens qu'ils s'étaient acharnés à proscrire.

Aussi que n'imagina pas le ministère aux abois pour tenter d'arrêter la distribution du document accusateur! Barbier parle, à tort ou à raison, d'une menace expresse d'exil apportée de la part du roi à l'archevêque de Paris, s'il s'en répandait un seul exemplaire. « On dit, raconte de son côté le janséniste Caylus, que notre têtu d'archevêque se fait ou se fera des affaires très sérieuses pour un mandement en faveur des soi-disants-. » Mais le railleur a beau prétendre que « c'est de la moutarde après dîner», le Souverain Pontife a pris soin, dans sa lettre à l'évêque de Grenoble, de répondre à cette objection, renouvelée sans fin, de V inutilité des démarches faites en faveur de l'innocence opprimée.

1 Letlro do Voltaire au comte d'Argontal, 20 janvier 1764'. * Correspondance inédite (Lettre du 20 décembre 1763, au théalin Paciaudi ).

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