‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 68 sur 348 · IMPRESSION PRODUITE · texte numérisé non relu

IMPRESSION PRODUITE

pline et de la fermeté épiscopale, de même que Nous vous portons sans cesse dans les entrailles de Notre charité, ainsi Nous n^oublierons jamais rien pour aider, de tout Notre pouvoir, à vous dégager de l'incendie dont une grande partie de TÉglise de France est embrasée conjointement avec vous. Nous n'en sommes pas moins touché de la plus vive tristesse et Nous ressentons la plus amère douleur, en vous voyant, dans Tardeur de votre zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, sécher du désir de rejoindre votre chère Église. Pouvezvous, en effet, dans ces temps malheureux, sui)porter de vivre loin de votre troupeau, alors surtout qu'il aurait plus que jamais besoin, au milieu des périls qui l'environnent, d'un Pasteur vigilant, empressé, affectueux, tel enfin que vous êtes vous-même * ?» *

Ce bref incomparable produisit à Versailles une sensation d'autant plus profonde qu'il y était moins attendu 2. Le Parlement se hâta d'en ordonner la suppression, renouvelant du même coup les défenses d'introduire dans le royaume aucun acte de la cour romaine, sans une autorisation préalable. — « Jésuites, Religion et Foi, s'écriait à cette occasion l'avocat du roi, seraient-ils donc synonymes à Romef Nous n'avons garde de le penser, et pour le bien de la religion même et pour l'honneur du Saint-Siège ^. »

1 Bullar. rom. continuation p. 854 (Dref du 15 février 1764).

' Le marquis d'Âubeterre écrivait au duc de Praslin : « J'ignorais absolumeut le bref que le pape a écrit à M. Tarchevèque de Paris. Ces sortes d'expéditions se font ici très secrètement et ne passent que par une seule main. » (Archiv. des affairei étrangères^ loc. cit., p. 359.)

'Arrêt du l«>^juin 1704. — Le journal janséniste déclare que l'avocat général ne regarde point le bref à l'archevêque de Paris comme supposé, mais « comme l'eiTet d'une surprise dont les personnes en place sont plus ou moins susceptibles ». Il ajoute certaines réflexions qui, tout en voulant

ADRESSIONS PK L ÉPtSOOP.VT. iKî

Ces Messieurs ont toujours eu la prétention de mieux connaître les vrais intérêts de Valise que les ^^v^^ques et le pape.

Le haut derçé de hYance venait de prouver qu'il était, en matière dlionneur ecclésiastique, meilleur juge que Favocat suspect des tribunaux séculiers. Bientôt rinstruction pastorale de Beaumont aura successivement conquis les suffrages publics des archevêques d'Auch, d*Aix et de Rouen, des évoques de Langres et de Saint-Pons, de Sarlat et de I^vaur, d'Uzès et do Vannes, du Puy, de Grenoble et de Pamiers.

Mais si la presque unanimité de Tépiscopat s empressa d'adhérer à l'acte du métropolitain de Paris , il est hors de doute qu'aucune adhésion ne réjouit plus le cœur de ce prélat que l'adhésion énergique de son collègue d'Amiens. Ce ne fut pas toutefois sans peine que Mgr de la Motte parvint à livrer ce mandement vigoureux, car la peur contraignait les ouvriers à refuser leui*s presses, et il fallut le faire paraître hâtivement en brochure, sans armes ni contre-seing, sans nom d'imprimeur ni lieu d'impression. « Tel est, Mes Très Chers Frères , y est-il dit, tel est l'esclavage des évoques de France, qu'ils ne peuvent rien publier pour le maintien des droits les plus légitimes de leur saint ministère, sans s'exposer,

ôtre méchantes, nous font connaître une circonstance utile à noter. « Su Sniutelé, obsédée par les Jésuites et par un ministre qui leur est livré, a pu étru trompée sur Tétat des choses d'autant plus facilement, que son àffo ut H(*8 infirmités ne lui permettent point de voir tout par ses yeux. D*aillouri, sa bonté naturelle et ses anciennes relations avec les Jésuitoi lu portent i\ présumer d'eux favorablement. On sait que lorsque Clément XIII était simple prélat, il voulut être de la congrégation du Cœur de Jésus que les Jésuiton ont à Rome; et que changeant de nom suivant l'usage, il se fit inscrire duuH le catalogue sous le nom de Charles de Saint-Ignace, Carolw a Sanoto Ignatio (no du 13 août 1704, p. 13?}.

94 INCIDENT DE l'ÉvÊQUE d'aMIENS.

eux et les personnes qu'ils emploient, à tout ce que peut produire de violent l'autorité séculière ^ »

Le soir même, l'adhésion était envoyée, sous enveloppe, à tous les chanoines de la cathédrale et à tous les curés de la ville, avec les adresses écrites de la main de l'évêque, pour ne compromettre personne. Le roi ne tarda pas à en recevoir un exemplaire , et bientôt tous les évêques du royaume eurent le leur. La pensée qu'il pourrait bien partager l'exil de Beaumont transportait le bon vieillard. « Je vous demande en grâce , écrivaitil à la marquise de Pompignan , de m'apprendre ce qui se passe à propos de notre saint Athanase. » Et quelques jours après : « Dites-lui, si vous le voyez, que j'aime à lui ressembler en tout, »

Son mandement eut, en effet, le sort de celui de l'archevêque de Paris. Il fut lacéré et brûlé par l'exécuteur de la haute justice, mais l'intervention du prince de Conti sauva de Texil ce vaillant émule de Beaumont. « Ma brochure a été brûlée, dira bientôt Mgr de la Motte à l'abbé de la Trappe ; madame la duchesse de Villars m'écrit qu'il vaut mieux être brûlé en ce monde qu'en l'autre..* Dieu m'a fait la grâce de faire mon devoir ^. »

Voilà donc où devaient aboutir les humiliantes concessions de Louis XV aux hommes de son Parlement. Ceux-ci en usaient pour lui adresser, dès la fin de janvier, les remontrances les plus séditieuses qu'on eût encore osé présenter. « On prétend; écrivait d'AJembert, que l'effet de ces remontrances sera d*expulser les

^ L'adhésion est datée d* Amiens, le l»»^ février 1764. * Lettre du 26 mars 1764.

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