‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 69 sur 348 · SERMENT PROPOSÉ AUX JESUITES · texte numérisé non relu

SERMENT PROPOSÉ AUX JESUITES

frères Jésuites de Versailles, et peut-être du royaume : je leur souhaite bon voyage ^ »

La haine est clairvoyante. Un arrêt du 22 février enjoignait à tous les religieux de la Compagnie de prêter un nouveau serment, par lequel ils renonceraient à leur Institut et tiendraient pour impies « toutes les doctrines contenues dans le livre des Assertions » , même celles que les jansénistes, réfracteurs de ce pamphlet, avaient mille raisons pour une de présenter comme prônées. « Il est certain, remarque d*Alembert, que les Jésuites, eii signant le serment qu'on leur proposait, auraient fort embarrassé les jansénistes, leurs ennemis, qui ne cherchaient qu'un prétexte pour les faire bannir, et à qui le prétexte aurait manqué ^. »

Mais on les savait hommes d'honneur autant que de foi, et, sauf la misérable exception d'une infime minorité de vingt-cinq à peine sur quatre mille ^, on ne doutait pas que tous ne fussent prêts à souscrire aux émouvantes paroles du P. de Beauvais, ce digne religieux que Christophe de Beaumont avait fait nommer confesseur de la vénérable Louise de France : \

J'ai passé trente-cinq ans à former des citoyens et je cesse de Vétve. Il me faut, à soixante-dix ans, chercher une reti^aite et finir dans un pays étranger une vie dont quarante-deux ans ont été consacrés au service de la patrie. Dans Falternative rigoureuse de Texil ou d'un serment que je crois ne pouvoir faire, je ne balance pas et je pars, victime de la fidélité que je dois aux saints engagements

» Lettre du 22 février à Voltaire.

* Sur la destruction de$ Jésuites en France^ p. 207.

* « Dont un seul profes, et mauvais sujet à plusieurs égards, > dit un écrivain hostile à la Compagnie de Jésus {Nouvdles eedésiastiques, 13 août

96 BANNISSEMENT DES INSERMENTES.

que j'ai contractés; plein de respect pour la main qui frappe, soumis à celle qui permet, je n'implore que celle qui soutient^.

Le 9 mars, en effet, tandis que le Parlement condamne au feu l'adhésion de l'évêque d*Amiens à la lettre de Tarchevêque de Paris , ordre est intimé aux Jésuites insermentés de passer les frontières du royaume, sans le moindre égard pour l'âge, les vertus, les infirmités , les services. « Vous pouvez regarder le départ de ces messieurs comme certain, écrivait joyeusement Caylus, quatre jours auparavant. Le serment demandé a été le coup de cloche ^. » Au surlendemain de la sentence il ajoutait : « On leur donne un mois pour sortir du ressort du Parlement, au cas qu'ils ne veuillent pas signer. Leur bon ami l'archevêque peut se vanter d'avoir beaucoup avancé leurs affaires ^ »

1 Bachaumont (15 mal 17(34).

^ Lettre du 4 mars à Paciaudi.

^ Lettre du 1 1 mars au même.

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