‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 70 sur 348 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Mort de la marquise de Pompàdour. — Commeot se vengent ses victimes. — Le Parlement de Toulouse veut atteindre l'archevêque de Paris. — Maladie grave de Beaumont. — Mandement de l'évêque de Sarlat. — Suppression définitive des Jésuites de France. — Retour de Beaumont à Paris. — Son choix d'une chapelle de sépulture. — L'abbé Maudoux, le nouveau confesseur du roi.

Alitée à Choisy depuis quelques semaines , la marquise de Pompàdour venait d'être transportée à Versailles, dans l'appartement qu'elle occupait au château. « La maladie n'est pas près d'être finie, mandait à Voltaire madame du DefTand, et je n'ose pas prendre beaucoup d'espérance. Je crois que sa perte serait un fort grand malheur; en mon particulier, elle m'affligerait beaucoup, non par aucune raison qui me soit directe, mais par rapport à des gens que j'aime beaucoup ; et puis, qu'est-ce qu'il arriverait de tout ceci f *. »

C'était faire entendre à demi mot que la disgrâce de Ghoiseul, alors ministre des affaires étrangères, pouvait bien dépendre d'une aventure. Elle se trompait. Madame de Pompàdour mourut le 15 avril, et rien ne fut changé à la situation. L'archevêque de Paris

1 Lettre du 14 mars 1764.

9Ô MÔtlT DE MADAME DE PÔMPADOltft.

resta en exil et la Compagnie de Jésus n'eut plus qu'à se préparer au coup de grâce.

D'Alembert sembla bien, lui aussi, craindre pendant quelque temps que « le parti jésuitique » ne profitât de l'événement pour « revirer tant soit peu de bord » , et que la philosophie ne se trouvât de nouveau « dans le margouillis » dont elle ne demandait qu'à se garera Mais le fils de Louis XV voyait autrement juste, quand il é(îrivait, le jour même de cette mort, à l'évèque de Verdun : « Je crois que cet événement fera plus de bruit que d'effet. Vous sentez tout ce que cela veut dire, tant pour la morale que pour la politique. Je ne dirai rien des Jésuites. Le despotisme autocratique des Parlements à leur égard a imité le despotisme monarchique du Maroc. Celui que, pour moi, je regrette davantage, est le P. Berthier. Il réunissait la sainteté , la science, la gaieté, la douceur et la simplicité^. »

Christophe de Beaumont regretta autant que le dauphin ce départ forcé du religieux instituteur des Enfants de France ; mais, comme lui aussi , il accorda chrétiennement le suffrage de ses prières à la femme indigne qui avait poursuivi d'une haine implacable et sa personne et celle des Jésuites. « Il ne nous reste, écrivait de son côté l'admirable Marie-Josèphe, il ne nous reste que de prier Dieu pour la pauvre marquise , et encore plus pour que le bon Dieu, ayant jugé bon de la retirer de ce monde , fasse que la religion et l'État s'en ressentent ^, »

Voltaire, lui, se dépitait d'apprendre que madame de

1 Lettre du G juillet 1764 à Voltaire.

^Lettre du 15 avril {Archives delà famille de Nicolaï).

' Lettre du 19 avril (Ibid.).

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