‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 7 sur 348 · INTERVENTION DU NONCE · texte numérisé non relu

INTERVENTION DU NONCE

Grâce à ses touchantes prières, le cardinal de Luynes, son premier aumônier , daigna s*unir à elle, le lendemain, pour plaider de cœur une cause déjà si chaudement appuyée ^ Aucune des princesses, néanmoins, ne devait égaler le zèle de l'aspirante carmélite à faire passer sous les yeux du roi, son père, les divers Mémoires qui vont rapidement se succéder en faveur de la Compagnie de Jésus ^. Toutes, d'ailleurs, s'engagèrent à seconder en cela les dispositions bien connues du dauphin, et Beaumont voulut leur en témoigner de nouveau ses remerciements dans le dîner qu'il offrit, un mois plus tard, à l'auguste famille réunie pour un service religieux , trois jours après le premier voyage de Madame Louise à Paris.

Malheureusement, le roi ne, parut pas prêter d'abord à ces démarches toute l'attention qu'elles méritaient. L'intervention du nonce fut mieux écoutée, surtout quand Pamphili Colonna transmit un premier bref adressé à Louis XV par Clément XIII , pour lui exprimer à la fois ses alarmes et ses désirs. Malgré les efforts persévérants de Beaumont, le roi fut lent à se désabuser de sa confiance exagérée dans le travail de

et adjuvantibus Serenissimis sororibus. » (Lettre du 28 mai 1761 au R. P. Ricci.)

' « Emineutissimus cardinalis de buynes^ primus Serenissimae Delphinee eleemosynarius, nuper in coUoquio privato egregia oratione' hortatus est ut uobis succurreret, neque Societatem in mediis fluclibus positam interire sineret. > (Ibid.)

* Galiani prétend que cette belle ardeur des princesses à plaider auprès du roi la cause des Jésuites leur était soufflée par les confesseurs de la cour. A Ten croire, la jeune Madame Louise s'étant jetée toute baignée de larmes aux pieds de son père, Louis XV l'aurait relevée de terre et embrassée, en lui disant d'un ton fort calme : « Levez-vous, mon enfant ; je me charge de dire à votre confesseur que vous avez très bien fait la pénitence qu'il vous avait donnée. » (Lettre à 7anttcet\ 14 septembre 1761.)

10 CONFIANCE TROMPÉK.

la commission nommée par lui ; travail autrement sérieux sans doute que celui du Parlement, mais qui pourtant, contre le gré de tous, nuira beaucoup plus aux Jésuites que l'œuvre passionnée de Chauvelln. La commission du Conseil, en effet, réclamait des modifications substantielles dans l'institut de Saint-Ignace , et les Jésuites allaient, selon leur devoir, se refuser sur ce point à toute espèce d'innovation.

€ L'état des Jésuites est violent, écrivait à ce moment même l'évêque d'Amiens ; j'espère que Dieu se ser\ira de tout ce qui se passe pour les rendre plus saints et par là plus utiles, car enfin ils le sont plus qu'aucun ordre religieux ^ » Mais le pieux prélat, vivant loin de Paris, ne soupçonnait pas encore, sinon la gravité , du moins l'imminence du péril. « Je suis persuadé , ajoutait-il, que tout se calmera, je l'espère avec confiance. »

Cette confiance, comme celle du roi, fut cruellement trompée. Pendant quatre jours , du 5 au 8 juillet , les conseillers du Parlement s'exprimèrent avec la plus grande violence contre l'institut dans leurs séances publiques. L'archevêque de Paris , ému de ce pressant danger, cherche aussitôt à persuader aux évêques, réunis dans la capitale, d'adresser au roi une lettre de protestation, en faveur des Jésuites, contre les usurpations audacieuses du Parlement.

« Sa voix trouva de l'écho, écrit en propres termes Thistorien Theiner, et lui-même rédigea cette lettre. Mais aucun de ses collègues ne voulait y apposer son nom. Sans se laisser effrayer par leur faiblesse, et de plus en plus excité par les attaques ardentes et incisives

1 Lettre du 11 juin 1761 à Dom Malachie (Archives de Saint-Acheul).

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