‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 73 sur 348 · POURSUITE INDIRECTE CONTRE BEAUMONT · texte numérisé non relu

POURSUITE INDIRECTE CONTRE BEAUMONT

respect et l'obéissance dus à l'autorité du roi et aux arrêts de la Cour * ».

Cet arrêt , au surplus , ordonnait de nouveau à tous les. membres de « la ci-devant Société soi-disant de Jésus», tant ceux qui étaient sortis des maisons du ressort que ceux qui y seraient venus d'ailleurs, de prêter en personne , dans la huitaine , le serment porté par Tarrêt du 26 février 1763. Faute de ce faire, ils étaient tenus de sortir du royaume dans le mois, à peine d'être poursuivis extraordinairement et selon l'exigence des cas.

L'archevêque de Paris échappait, sans doute, à la justice du Parlement de Toulouse ; mais n'y avait-il pas quelque satisfaction pour les magistrats toulousains à faire ainsi rentrer ce prélat sous leur juridiction , en poursuivant ses partisans les plus zélés, et en le frappant indirectement, tantôt en la personne de l'évêque de Saint-Pons, comme en 1756, tantôt en celle de l'archevêque d'Auch, comme nous venons de le voirf

On remarqua, toutefois, que le nom du doyen du Parlement de Toulouse, Dominique de Bastard, ne figure pas dans cet arrêt à titre de rapporteur. Sans chercher dans la liaison intime de l'archevêque de Paris et du premier président un prétexte suffisant pour expliquer l'abstention du doyen, on a voulu trouver dans la question de compétence, qui était des plus contestables, une raison plus réelle et plus digne. « Comment quelques phrases de la lettre de l'archevêque de Paris, citées dans le mandement de l'archevêque d'Auch,

1 Pour tout cet incident, nous ne faisons que reproduire, en les abrégeant, les intéressants détails fournis par le vicomte de Bastard-d'Estang, dans son Kssai historique tur les Parlements de France, t. 11^ eh. ix.

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pouvaient-elles autoriser le Parlement de Toulouse à faire brûler par le bourreau la lettre de Tarchevôque de Paris, qui n'était pas son justiciable? Ce motif pouvait suffire au doyen pour s'abstenir, et nous aimons à expliquer ainsi son silence ^ »

Or, pendant ce temps-là , Christophe de Beaumont, confiné dans son exil de la Trappe , endurait les premières atteintes d'une cruelle infirmité. Un abcès fistuleux s'était déclaré, qui allait demander sans doute une douloureuse opération, pour laquelle on rencontrait alors difficilement, loin de la capitale, certains secours spéciaux des hommes de l'art.

Amis et ennemis se préoccupaient également de cet état du noble malade. Plusieurs d'entre ces derniers ne surent qu'échanger à ce sujet des quolibets de la pire espèce : « Il aura beau, disait Caylus , avoir des dépôts dans le corps, il n'en aura pas la tête moins dure 2. » Mais l'élite des gens de bien multipliait les visites ou les messages auprès du Père abbé, pour s'enquérir des nouvelles du « saint hôte » , comme l'appelait son ami d'Amiens, le plus empressé de tous. « Je suis attaché à cet illustre prélat, écrivait Mgr de la Motte, et cependant je ne veux pas qu'il se donne la peine de me répondre. Rien, de sa part, ne m'est plus nécessaire que ses prières, auxquelles je me recommande ^. »

De son côté, la famille royale suppliait Louis XV de faire cesser un exil qui menaçait de devenir fatal. Le roi gémissait, promettait , oubliait. Un jour néanmoins qu'il avait semblé plaindre l'archevêque avec un accent

1 Les Parlements de France, t. II, p. 190.

* Lettre du 13 septembre à Paciaudi.

* Lettre du 9 mars à D. Malacbie.

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