‹ Christophe de Beaumont, archevéque de Paris (volume 2)Chapitre 87 sur 348 · AFFAIRE DES SÉPULTURES · texte numérisé non relu

AFFAIRE DES SÉPULTURES

des évoques de Carcassonne, d'Alais et de Lescar, tous connus pour favoriser plus ou moins ouvertement le jansénisme. A la tête de ces opposants, nous trouvons le célèbre archevêque de Lyon, Montazet, dont les relations suspectes étaient déjà de nature à inquiéter Beaumont, alors même que celui-ci n'aurait pas eu personnellement à souffrir des tracasseries de son collègue.

Si mes lecteurs se reportent au récit que j'ai fait de l'équipée des Hospitalières du faubourg Saint-Marceau , ils auront moins de peine à comprendre le genre de prétentions que Montazet continuait d'appuyer sur son titre de primat des Gaules. Une occasiaa s'offrait alors de les faire valoir à nouveau ; ce prélat manqua d'autant moins d'en user à rencontre de l'archevêque de Paris, qu'il venait de le viser directement dans ce passage d'une lettre écrite au roi pour lui expliquer son opposition aux fameux Actes : « Les refus de sacrements sont contraires à la charité* ».

Essayons de résumer brièvement les faits et laissons aux ouvrages spéciaux d'en donner le récit détaillé-.

Depuis que les Jésuites avaient été exclus en France de l'enseignement, l'Université s'était installée à leur collège Louis-le-Grand, où devaient être établis son cheflieu et ses archives. Or, des lettres patentes du 31 novembre 1763 ayant ordonné d'y transférer tous les collèges universitaires qui n'étaient pas de plein exercise, il s'agissait de disposer des bâtiments et emplacements de ces petits collèges devenus inutiles. De là

i Gazette d'Amsterdam, 19 novembre 1765.

* Voir, notamment, le chapitre xix de V Histoire du collège Louis-le-Grand, par G. Émond. Nous reproduisons une partie de son récit, en l'abrégeant."

OPPOSITION DE l'archevêque. 127

certaines démarches à entreprendre pour convertir à des usages profanes les chapelles des diverses maisons, et pour transporter dans les cimetières de lem^ paroisses respectives les corps qui s'y trouvaient inhumés. Prié d'accorder les dispenses nécessaires à l'ouverture de ces tombeaux placés sous la sauvegarde de l'Église , l'archevêque de Paris, qui s'était plaint de ce que les lettres patentes lui paraissaient renfermer plusieurs articles contraires aux droits de son siège, refusait ou du moins ajournait son consentement, voulant, disait-il, dans l'intérêt de ces droits mêmes, se pourvoir d'abord en Conseil du roi.

On a prétendu que ce n'était là qu'un prétexte, et que Beaumont dissimulait le vrai motif de sa résistance. Il est certain que le vigilant prélat, mis sur la trace de plus d'une intrigue, s'effrayait de ces tentatives dont le but, encore secret, semblait être d'éliminer peu à peu de l'Université l'élément ecclésiastique. Beaucoup d'honnêtes gens, qui n'avaient vu d'abord dans l'expulsion des Jésuites qu'une sorte de concession nécessaire, s'apercevaient eux-mêmes — trop tard — que les philosophes, pour mieux s'assurer l'avenir en s'emparant de la jeunesse, travaillaient à faire confier aux seuls laïques l'importante mission de l'enseignement.

Quel qu'ait été le motif principal de l'opposition de Beaumont, une seconde requêten'ayant pas plus abouti auprès de lui que la première, le bureau d administration s'adressa directement à Montazet que sa qualité de primat, assurait-on, établissait le supérieur de l'archevêque de Paris.

Le 19 octobre, en effet, M. de Lyon rendit une ordonnance qui permettait d'exhumer les corps déposés dans

Page 1