CONFLIT AVEC MONTAZET
les chapelles des collèges réunis, avec autorisation d'enlever les pierres bénites, de démolir les autels, et de transporter dans la sacristie de Louis-le-Grand les vases sacrés, linges et ornements, ainsi que les épitaphes et les tombeaux. Beaumont protesta par un acte extrajudiciaire et rendit pareillement une ordonnance dans laquelle il déclinait la juridiction du primat. Les commissaires administrateurs en ayant appelé au Parlement comme d'abus, celui-ci déclara nulles les protestations de l'archevêque et enjoignit au greffier de la cour de les biffer des registres ^
Deux mois après, Montazet, toujours couvert par la protection des magistrats séculiers, fait procéder, le 28 décembre, à des élections nouvelles chez les Hospitalières en révolte contre Beaumont : Beaumont se hâte, le 9 janvier 1765, de leur signifier son recours au Saint-Siège, non sans frapper de nullité par avance tout ce qu'elles régleraient, en dehors de lui, dans l'intervalle. L'affaire traîna en longueur, mais des incidents analogues ne firent que rendre plus manifeste la résolution où était le primat de ne rien céder de ce qu'il pensait être ses droits. Le Parlement, avec toute l'obstination de la haine, ne l'y encourageait que trop.
On en eut une preuve des plus étranges dans l'appel interjeté l'année suivante, par l'abbé Couvret, contre l'archevêque de Paris. Cet ecclésiastique venait d'être pourvu par résignation, en cour de Rome, du canonicat de Notre-Dame que possédait avant lui l'abbé de Vernouillet. Beaumont, qui avait ses motifs pour craindre je ne sais quelle façon de simonie dans cette résigna-
1 Voir aussi les Nouvelles ecclésiastiques de 1765, p. 31.
INCIDENT COUVRET. 129
tion équivoque, lui refuse son visa. Irritation de Gouvret qui s'adresse au Parlement. Arrêt de la Cour déclarant l'abus et autorisant le plaignant à se retirer auprès de l'archevêque de Lyon, à l'effet de requérir de son autorité supérieure le visa refusé. Montazet n'hésite pas à le fournir, et Gouvret se présente, aux premières vêpres de la fête de Saint-Louis, pour assister à l'office en habit de chœur. Pas un membre du chapitre n'avait voulu l'accompagner dans les visites d'usage, tous s'abstinrent de paraître à la cérémonie de la prise de possession, et le protégé du Parlement fut réduit à « employer le ministère de deux notaires^ ». Le scandale était complet.
En relisant aujourd'hui l'exposé de ces conflits regrettables, on ne peut qu'admirer sans doute avec quelle unanimité le clergé de Notre-Dame se prononçait alors pour la cause de Ghristophe de Beaumont ; mais comment ne pas s'associer aux douloureuses plaintes dont
un saint évêque allait se faire l'organe f
Les choses sont dans un état où je ne connais personne de notre profession qui puisse faire le bien de la religion ; et Mgr l'archevêque de Paris, qui est chaque jour tracassé, qu'obtient-il pour l'Église? Il est désolé, il fait de son mieux sans le moindre succès. Pour moi, je n'ose faire la moindre ordonnance. On a recours au procureur général, si l'on refuse le Viatique à quelqu'un qui ne veut pas pardonner : en un mot, l'Église est gouvernée par les magistrats ; les curés n'osent rien faire, et quand ils suivent nos ordres, on les bannit, et on ne nous dit rien à nous qui avons commandé ce qu'on punit. Je défie les plus courageux et les plus sages de faire
1 Journal de Hardy (24 août 1766). — « Le chapitre, ajoule-t-il, fit aussi refus de recevoir les deux cents livres que chaque récipiendaire est dans l'usage do payer pour son enterrement, lorsquMl se fait recevoir. )>
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un bien solide : tout cela me fait passer des jours de larmes... Être puni pour avoir fait son devoir est une vraie consolation, mais on n'en a pas à voir les bons ouvriers chassés et remplacés par de mauvais...
Le roi fera toutes les déclarations qu'il voudra en faveur de l'Église , et cependant si quelqu'un fait autrement que le Parlement ne veut, on le bannira, et il sera obligé de quitter sa place et de fuir. J'ai vu tout ce qu'a fait le roi et n'en espère pas la moindre chose, tant que le Parlement sera le maître, parce que ce tribunal laisse le roi faire ce que veut Sa Majesté ; mais il va toujours son train, et nous sommes abandonnés à ses rigueurs sans la moindre protection ^ .
Six mois plus tard, les choses paraissaient être au même point, et Mgr de la Motte écrivait encore en parlant de Beaumont : « Les tracasseries ne finissent pas ; il faut avoir l'âme aussi grande et aussi forte qu'il l'a pour conserver la tranquillité dont il jouit ^. »
Une fois, il est vrai, une seule fois, le Parlement donna gain de cause à notre archevêque contre le remuant prélat qui ne cessait d'usurper sur sa juridiction. Ce fut à l'occasion de la démission que Dulau Dallemans avait offerte de sa cure de Saint-Sulpice. au profit de l'abbé Noguier. Beaumont, pour des raisons d'un caractère grave, refusa de reconnaître le nouveau curé et la validité de l'acte que Dulau venait de déposer entre les mains du comte de Glermont, patron de la paroisse de Saint-Sulpice, comme abbé de Saint-Germain des Prés. On recourut à Montazet qui, en vertu de sa primatie, accepta aussitôt la démission de l'un et octroya les provisions de l'autre. De là procès. Bien
1 Lettre de l'évôquo d'Amiens à Dom Léon, 2 janvier 1767, * Lettre du môme à D. Théodore, 16 juillet 1767.