SUPPLICATIONS PUBLIQUES
Non content de présider, matin et soir, à toutes les cérémonies de sa métropole, Christophe de Beaumont, qui avait résolu de faire violence au ciel par toutes les voies possibles, s'employait avec ardeur auprès des communautés les plus ferventes de la capitale. C'étaient des appels de chaque jour. Bientôt il convoqua les âmes pieuses à une neuvaine en l'honneur de l'Immaculée Cpnception, et lui-même célébra dans le chœur de Notre-Dame les neuf messes consécutives, pendant lesquelles il distribua la sainte communion à un nombre considérable de fidèles ^ Aussi fut-il touché jusqu^ aux larmes lorsqu'il apprit que le régiment de Dragon-Dauphin s'était imposé, de son propre mouvement, un jeûne solennel et public pour obtenir de Dieu la guérison de son colonel bien-aimé 2.
Seul , le parti philosophique ne sut point dissimuler les odieuses espérances qu'il fondait sur la mort de ce grand chrétien. « La perspective prochaine de cet événement, lisons-nous dans une lettre de l'Anglais Walpole, comble de joie les philosophes , parce qu'ils craignaient qu'il n'essayât de rétablir les Jésuites ^. » Et le célèbre étranger ne craint point de dénoncer la tactique de ces beaux esprits, plus généreux dans leurs paroles que dans leurs actes, qui, « en déclarant la guerre au papisme », tendaient pour la plupart « au renversement de toute religion » , et presque tous « à la destruction du pouvoir royal * ».
i Journal de Hardy ^ 13 novembre et 10 décembre 1765.
* Vie du Dauphin, par Proyart, liv. V.
^ « La maladie du Dauphin les a tués, » écrivait Galiani, en parlant des Jésuites (Lettre à Tanucci, 15 août t763).
♦ Lettre à l'honorable H. S. Conway, 28 octobre 1765.
VISITEvS DE l'archevêque. 137
« Nos prières, nos sacrifices, écrivait alors l'archevêque, n'ont pas encore fléchi le cœur de Dieu; nos alarmes sur la santé de Mgr le Dauphin augmentent de jour en jo^r ; redoublons nos vœux et notre confiance : qui sait si le Seigneur ne se laissera pas toucher par nos gémissements et n'accordera pas à notre persévérance la conservation d'un prince qu'il nous donna dans sa miséricorde, et dans lequel nous admirons tant de vertus? » En même temps, il ordonnait que la châsse de la sainte patronne de Paris serait descendue pour être exposée à la vénération des fidèles, et que le clergé séculier et régulier de la ville et des faubourgs se rendrait processionnellement à l'église de Sainte-Geneviève du Mont, pour y implorer l'assistance de « cette puissante protectrice de la Capitale^ ».
Le lendemain, Beaumont accourait à Fontainebleau pour apporter un peu de courage à la malheureuse dauphine. Nous laissons parler Marie - Josèphe ellemême, avec sa simplicité aussi touchante que naïve :
Vers les huit heures du soir, dit-elle, il prit au dauphin un étouffement terrible, avec une faiblesse considérable; il fut quelque temps sans pouvoir parler. Quand il le put, il dit qu'il était bien faible et demanda en même temps son confesseur. Sur ce qu'on lui apprit que M. l'archevêque était chez moi, il dit qu'il serait bien aise de le voir; il le reçut à son ordinaire et lui parla beaucoup, quoiqu'il étouffât. Le mercredi matin, M. l'archevêque revint chez lui et lui donna sa bénédiction. M. le dauphin fit la conversation avec lui et lui demanda ce que c'était que les processions dont on lui avait parlé la veille. M. l'archevêque lui dit que c'était la grande procession de Sainte-Geneviève , qu'on avait faite pour lui. « Comment ,
i Mandement du l(» décembre 1765.